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 Victor Mpoyo se confie à Uhuru:« L’inéligibilité des acteurs de la transition (1+4) est la solution pour le Congo »
 


Pierre Victor Mpoyo, ancien ministre de l’Economie nationale et puis ministre d’Etat sous le gouvernement de feu Mzee L. D. Kabila a accordé à Paris une importante interview portant sur l’évolution politique en Afrique en général, et en RD Congo en particulier.


Uhuru : En 1976, en exclusivité pour ’’to the point’’, vous avez déclaré, concernant l’Angola qualifié par les occidentaux d’Etat gouverné par un parti totalitaire qui s’impose sur les masses que : « L’Angola a subi une des formes les plus abominables de colonialisme de l’histoire…
Un des fardeaux de ce dernier est le très répandu illettrisme contre lequel se bat le MPLA et qui est devenu aujourd’hui sa priorité!
Ce parti n’est ni totalitaire ni dictatorial. Au contraire, il est motivé par les besoins les plus profonds du peuple angolais qu’il veut éduquer et émanciper! Contrairement au MPR de l’ancien Zaïre qui gouverne au travers l’obscurantisme, le MPLA prépare un avenir démocratique pour l’Angola. Et si le Docteur Neto a fait appel à Cuba et à l’Union Soviétique, c’est simplement parce qu’aucun pays d’Afrique, à l’exception du Nigeria et de la Guinée de Sekou Touré, n’est venu aider les Angolais contre l’oppression Sud-africaine! Le MPLA ne pouvait pas laisser les forces armées blanches sud africaines écraser la révolution angolaise…
Si aujourd’hui la démocratie a une véritable chance d’émerger un jour en Afrique du Sud et en Rhodésie, c’est en grande partie grâce à la victoire du peuple Angolais ! C’est bien pour cela que j’admire le MPLA et son leader le Président Neto ! »
 


Pierre Victor Mpoyo, vous avez joué un rôle déterminant pour avoir obtenu l’appui du Nigéria et de la Guinée en faveur du MPLA et ce soutien avait, en effet, favorisé l’intervention des Cubains qui avaient mis en déroute l’armée blanche sud africaine ! Quels sont vos rapports avec les dirigeants angolais actuels ? Se souviennent-ils encore de vous ? Pensez-vous que le MPLA a atteint ses objectifs selon votre vision de 1976 ?

Pierre Victor Mpoyo : Bien qu’en ce moment, il n’est pas toujours facile d’entrer en contact avec le Président de l’Angola Edouardo dos Santos, compte tenu de son emploi temps chargé, mes rapports avec les dirigeants angolais sont bons et je garde toujours les bons sentiments pour le MPLA auquel je suis attaché spirituellement et idéologiquement !
Le MPLA a toujours cherché ce qui est bon pour les Angolais, c’est pour cela qu’après 25 ans de guerre, l’Angola est entrain de s’en sortir de façon inespérée ! Un véritable miracle est entrain de se produire dans ce pays grâce à la politique volontariste menée par le MPLA ! Quant à l’autre question quelque peu tendancieuse concernant le souvenir, retenez que tout mon travail en Afrique avait pour but de promouvoir, par mes maigres moyens en tant que personne, la vraie indépendance des peuples africains sans en attendre une quelconque reconnaissance !

Uhuru : Votre modestie légendaire nous impressionne, Monsieur le Ministre d’Etat ! Aujourd’hui, ce n’est plus un secret en ce qui concerne votre rôle dans les temps extrêmement difficiles qui prévalaient au lendemain de l’accession de l’Angola à l’indépendance ! Pensez-vous que l’intervention musclée de l’Angola dans la guerre de 1997 qui avait mis un terme à 32 ans de pouvoir du Maréchal Mobutu est un renvoi d’ascenseur que le pouvoir angolais vous avait offert ? Pourtant le Rwanda de Kagame se vante toujours d’être l’acteur majeur qui avait amené LD Kabila au pouvoir. Pouvez-vous nous donnez des éclaircissements à ce sujet ?

Pierre Victor Mpoyo : Ce qu’il faut comprendre à ce sujet, c’est qu’avant toute chose, Mobutu a largement contribué à déstabiliser le pouvoir du MPLA en Angola en apportant son soutien à Jonas Savimbi.
Il était donc tout à fait logique et normal que le Président Edouardo Dos Santos soutienne quiconque chercherait à déstabiliser Mobutu. Or moi, en tant qu’opposant congolais contre le régime totalitaire du Zaïre à l’époque, et proche du MPLA (je ne m’en cache pas), je figurais donc dans les dispositions qui répondaient aux préoccupations sécuritaire de l’Angola ! Laurent Désiré Kabila était avec moi en Angola, il était choisi comme coordonnateur militaire, donc chef de l’action armée ! J’avais toujours été avec Laurent dans toute sa lutte, c’était, pour moi, la personne la mieux indiquée et la plus outillée pour la tâche que vous connaissez !

Uhuru : Et quel est le rôle du Rwanda dans cette aventure ?

PV Mpoyo : Dès le départ Laurent Désiré Kabila était choisi pour être à la tête de l’Etat, je l’avais personnellement amené rencontrer les chefs d’Etat Dos Santos de l’Angola, Mugabe du Zimbabwe et Mujoma de la Namibie, des alliés potentiels qui savaient bien que L D Kabila allait diriger l’Etat en cas de la chute du régime de Mobutu ! Quant à Yoweri Museveni de l’Ouganda, je l’avais connu du temps où il luttait avec les Mozambicains et, lorsqu’il était devenu Président, avec le concours de l’actuel Président du Nigeria Obasanjo, je l’avais convaincu de loger LD Kabila en Ouganda pour préparer l’offensive ! Le fait que l’Angola ne voulait pas officiellement s’afficher comme partie prenante à ce futur conflit au Zaïre, la possibilité d’une attaque à partir du Sud-Ouest était exclue. C’est la raison pour laquelle Museveni avait présenté Laurent à Kagame parce que le Rwanda avait des intérêts pour servir de base arrière dans l’opération de la chute de Mobutu plutôt que l’Ouganda! Sur le plan tactique, Kigali était à quelques kilomètres de Goma qui disposait d’un aéroport international. Kagame avait posé certaines conditions, notamment d’intégrer dans le mouvement les tutsis congolais ! Je le répète, de Goma à Kinshasa dire que cela a été possible grâce aux Rwandais, c’est de la foutaise et même une insulte aux congolais et à l’Angola qui avait fourni les moyens financiers, en hommes et en équipements ! Sur cette question, c’est l’Angola qui mérite notre respect et notre reconnaissance ! Quant au Rwanda, son intérêt se limitait à la traque des hutus réfugiés en RDC pour se venger du génocide de 1994 en les exterminant!

Uhuru : L’Afrique du Sud est impliquée dans toutes les négociations depuis Outenica jusqu’à l’accord global et inclusif qui avait produit le 1+4 ! Quel est l’état de vos rapports avec Nelson Mandela ? Et pourquoi le Président Thabo Mbeki n’était-il pas favorable à votre participation aux négociations en Afrique du Sud ?

PV Mpoyo : J’ai beaucoup d’estime et d’affection pour Nelson Mandela qui est un homme exceptionnel par la force de ses convictions pour la paix et le développement en Afrique ! J’ai des bonnes relations privées depuis très longtemps avec lui et sa famille !
Quant au Président Thabo Mbeki, lorsque je résidais au Nigeria, j’étais resté avec lui chez moi pendant 3 mois en attendant d’achever son installation pour le compte du mouvement ANC! Si, comme vous le dites, il n’était pas favorable à ma participation aux négociations en Afrique du Sud, c’est bien parce qu’il connaissait mes convictions et savait très bien que j’allais m’opposer à toutes ses solutions arrangées qui n’allaient pas dans le sens des aspirations du peuple !

Uhuru : Voulez-vous dire par là que le 1+4 ne répond pas aux aspirations du peuple congolais ?

PV Mpoyo : La normalisation du pays pouvait se faire autrement, notamment en commençant par imposer l’inéligibilité aux prochaines élections à tous les acteurs qui gèrent la transition, par exemple ! D’ailleurs, la formule 1+4 a été imposée au peuple congolais !
Parce qu’au travers de cette formule, la méfiance s’était installée, comment voulez-vous que des gens dont le seul but était de s’assurer une place dans les institutions de transition et les sociétés parastatales et dont la plupart travaille pour leur propre intérêt au détriment de celui de la nation, se soucient des conditions sociales du peuple ? Pendant les négociations en Afrique du Sud, j’avais dénoncé le fait que tout ce qui s’y négociait, se faisait sans mandat populaire indispensable pour la légitimité, la crédibilité de la finalité du processus.

Uhuru : Bientôt, le référendum sur le projet de constitution sera organisé avant les élections générales ! Quel regard portez-vous sur le contenu du projet de constitution et sur le déroulement du processus électoral ?

PV Mpoyo : La constitution, c’est comme le sang qui coule dans nos veines ! Si ce sang est infecté, c’est tout le corps qui devient malade ! Il ne faut pas être juriste pour trouver que le contenu de ce projet est porteur des ingrédients des conflits futurs qui ne vont pas régler les problèmes de notre société sur le fond! Par ailleurs, il n’est pas normal qu’une constitution qui est destinée à fonder un nouvel avenir, ne soit bâclée que pour satisfaire les intérêts de quelques individus sans mandat du peuple.

Uhuru : Pourtant, certaines organisations politiques sont entrain d’appeler pour que la population congolaise vote pour le « Oui » à ce projet de constitution ! Quel est votre avis ?

PV Mpoyo : A mon avis, ceux qui appellent pour le « Oui » à ce projet, sont ceux là qui l’ont élaboré ! Il est donc normal qu’ils défendent leur travail ! Appeler le peuple à voter « Oui » sans avoir vulgarisé le contenu du projet, cela ressemble à de la supercherie ! De toute manière, l’amalgame entre les dispositions constitutionnelles et la loi notamment pénale, par exemple, démontre qu’il y a encore un grand travail de nettoyage à faire !

Uhuru : Les échéances électorales approchent, mais le camp kabiliste semble divisé et on a l’impression que chaque groupe évolue en solo! Vous êtes un monument du kabilisme à l’échelle nationale et un homme respecté par tous ! D’après certaines informations en notre possession, vous aviez, en son temps, oeuvré pour la réconciliation de deux leaders du MNC, à savoir Patrice Emery Lumumba et Kalonji Mulopwe, mais les extrémistes avaient saboté cette réconciliation ! Aussi, vous aviez réussi, grâce à vos relations en Afrique, notamment avec l’ancien Président du Mali Modibo Keita, réussi à faire réhabiliter Moïse Tshombe pour son retour sur l’échiquier politique congolais! A la lumière, de nombreuses actions que vous aviez mené dans ce sens au Congo comme en Afrique, qu’est –ce que vous préconisez pour votre famille politique ?

PV Mpoyo : Ce qui est important pour moi, c’est que les congolais aillent massivement voter pour que, désormais, ce soient eux qui choisissent les hommes et les femmes capables devant conduire leur destinée ! Pour que ça ne soit plus des gens qu’on leur impose, il n’y a qu’une solution, c’est d’aller voter ! Quant aux divisions que vous évoquez, elles étaient prévisibles d’autant plus qu’autour de l’actuel Président J. Kabila, l’exclusion systématique de ceux qui ont travaillé avec son père, feu Président Laurent Désiré Kabila, s’est imposée, comme mode de fonctionnement autour de lui d’une part et, d’autre part l’opportunisme s’est érigé en un système caractérisé par son isolement.

Uhuru : Y a-t-il une solution conséquente pour y remédier ?

PV Mpoyo : N’oubliez pas que nous sommes en politique et pas dans l’administration ! Comment voulez-vous que ça marche en ce moment où les exigences politiques s’imposent pour la crédibilité de tout discours politique ! L’image du Président est écornée délibérément chaque jour par des mensonges comme celle de lui dénier sa filiation à Laurent Désiré Kabila, et j’ai remarqué que rien d’efficace n’a été entrepris pour arrêter ce massacre politique préjudiciable pour la suite des événements ! Il ne faut surtout pas non plus se laisser distraire par des polémiques sans fondement!
Je connais bien Joseph Kabila que je considère comme mon fils, pour pouvoir dire qu’il est le fils de Laurent et de Maman Sifa, qu’il a de la volonté de vouloir bien faire et qu’il fait de son mieux, mais la volonté seule ne suffit pas parce que, malheureusement, il est mal entouré et là je n’y peux rien !


Uhuru

 








 
 

 

 

 

 

 

 

 




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