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MLC/Cannibale
est bel
et bien une création ougandaise
Confirmé par le colonel
Karawa, compagnon de Bemba.
Bemba
riche de 30 millions USD
Jean-Pierre Bemba Gombo
subit un copieux déballage de la
part de son ancien bras droit, le
colonel Segond Karawa. Ancien de la
Division spéciale présidentielle des
ex-FAZ et chef de la sécurité à la
Primature sous plusieurs Premiers
ministres, Karawa a été, avec le
capitaine Guy Solo, à l\'initiative
de la rébellion du MLC. Il a pris
part aux rencontres entre Bemba et
Yoweri Museveni qui ont conduit à la
création du mouvement rebelle
pro-ougandais.
C\'est lui Karawa qui a
conduit le MLC à ses premières
conquêtes militaires face au pouvoir
de Laurent-Désiré Kabila. Bemba le
cite abondamment dans son livre « Le
choix de la liberté ». Karawa a
quitté le MLC après avoir été arrêté
sur ordre de Bemba. Il a tenté sans
succès de rallier Kinshasa. Depuis
son exil à Bruxelles, il livre ses positions sur Bemba et le MLC. Karawa qualifie Bemba de « chef
maffieux déguisé en homme politique
» dont il estime la fortune tirée
sur le dos de la rébellion à 30
millions de dollars. A 38 ans,
Karawa estime qu\'il a encore un
rôle à jouer dans la future armée.
Q. Vous avez été à
l\'initiative du Mouvement
de libération du Congo qui vous a
conduit à rencontrer le président
Yoweri Museveni en compagnie de
Jean-Pierre Bemba? Pouvez-vous nous
en décrire les circonstances?
R. Après avoir décidé
d\'envisager la création d\'un
mouvement politico-militaire
réellement nationaliste pour se
démarquer du RCD qui n\'était en
fait qu\'une AFDL bis, le contact
avec le président Museveni a été
facilité par son petit frère le
Général Salim Saleh. Ce dernier a
usé de son influence pour convaincre
le président Museveni de nous donner
accès au territoire congolais,
précisément à Kisangani, et ce, pour
nous permettre d\'organiser notre
état-major militaire en attendant
l\'arrivée de nos troupes (5.000
hommes basés à Brazzaville).
Cet argument fallacieux, trouvé et
avancé par Jean Pierre Bemba, nous a
permis d\'être pris au sérieux et
respecté par les Ougandais. Ces
prétendus éléments de la DSP qui se
trouvaient effectivement en terre
congolaise après avoir quitté le
pays lors de la prise de pouvoir par
Laurent-Désiré Kabila étaient
devenus un fonds de commerce de
certains dignitaires (en
particuliers des généraux et
Jean-Pierre Bemba pour la
circonstance) de la deuxième
République. Or, personne ne pouvait
prétendre les avoir sous son
contrôle car ils avaient leur
organisation autonome.
Q.
Certains compatriotes qui
vous connaissent affirment que votre
engagement dans la rébellion n\'a
été dicté que par une soif de venger
Mobutu que vous avez servi dans la
l\'ex-Division spéciale
présidentielle. Ils ne reconnaissent
aucun idéal dans votre combat. Qu\'en
pensez-vous?
R. Avant tout, je m\'inscris
en faux devant de telles allégations
animées sans nulle doute par la
mauvaise foi. Vous savez aussi bien
que moi que finalement, tout le
monde, sans distinction, avait fondé
espoir dans l\'avènement de Kabila
et tous ont été très vite
désillusionnés. Dès qu\'il s\'était
auto-proclamé, Kabila a commencé par
exclure tous les fils et filles du
pays et le règne de l\'arbitraire et
des pires exactions a fait place à
une vie paisible que la population a
toujours connu sous le régime
précédent malgré les difficultés
socio-économiques.
En tant que légaliste, nous avons
tout simplement appliqué l\'article
37 de la Constitution de transition
en République du Zaïre votée à la
suite de la Conférence Nationale
Souveraine et réaménagée par
consensus au sein du HCR-PT. Cela
n\'était donc pas une question de
vengeance ou de nostalgie mais face
à la gravité de la situation, ma
conscience et mes convictions
personnelles ne pouvaient que
m\'interpeller.
Q. Jean-Pierre Bemba écrit
dans son livre «Le choix de la
liberté» que vous avez été jugé et
condamné pour refus de se rendre au
front et exécuter les ordres. Il
vous accuse avec le capitane Solo
d\'avoir reproduit les « méthodes du
passé » dans les rangs du MLC. Ce
par quoi il explique votre départ.
Ces accusations sont vraies ?
R. D\'abord, ce livre
comporte beaucoup de contre-vérités.
L\'honnêteté intellectuelle et le
bon sens sont des vertus
fondamentales pour tout homme
cultivé. C\'est regrettable de la
part de Bemba de se livrer à des
accusations démentielles. Cela
n\'étonne pas ceux qui le
connaissent, c\'est dans ses
habitudes. Et puis, quand on veut
noyer son chien, on l\'accuse de
rage, dit un adage français. Bemba
n\'a malheureusement pas de
conscience et encore moins de
mémoire.
Cela est peut être volontaire, la
lecture du Prince de Machiavel
aidant. Tous nos compagnons d\'armes
savent pertinemment bien qui sont le
capitaine Solo et le Colonel Karawa
pour le MLC. Ils ne cessent de nous
transmettre leurs amitiés et
gratitude pour tout ce qu\'on a fait
pour le mouvement.
Avec la succession des événements,
je me dis aujourd\'hui que nous
avons eu raison de nous réserver et
de ne point fragiliser le mouvement
pour lequel nous revendiquons au
même titre que Bemba la paternité.
La nature de Bemba se révèle
progressivement au grand jour; il a
fallu du temps pour que tout le
monde le découvre réellement et
comprenne comme ça été le cas pour
Laurent-Désiré Kabila, combien il
est dangereux.
Q.Quel jugement portez-vous
sur Jean-Pierre Bemba ? On dit de
lui qu\'il s\'est immensément
enrichi à la tête du MLC. Est-ce
vrai ?
R. Oui, absolument. Et ceux
qui le disent ne pensent pas si bien
faire. De sources très proches de
lui, on estime à plus de 30 millions
de dollars la fortune qu\'il a tiré
de la rébellion. C\'est un véritable
chef mafieux déguisé en homme
politique qui a gardé tous ses
réflexes de commerçant et qui
n\'hésite pas une seule seconde à
les mettre en application pour en
tirer profit. Il vit dans un
environnement qui lui permet de
s\'enrichir sans partage.
Pourquoi pensez-vous qu\'il est lié
au Président Patassé de Centrafrique
par exemple? Lisez le rapport des
Nations Unis sur la dilapidation des
ressources du Congo et vous serez
édifié. Bemba est un petit dictateur
en puissance dans la jungle de
l\'Equateur.
Q. Voyez-vous Jean-Pierre
Bemba dans la peau du Président de
la République démocratique du Congo
un jour?
R. C\'est au peuple congolais
de faire le choix judicieux des
acteurs politiques de demain par les
élections libres et démocratiques.
Q. En tant que militaire,
trouvez-vous que Jean-Pierre Bemba
mérite son grade de général de
division? Quel est le parcours
normal pour accéder à ce grade dans
l\'armée ?
R. Dans toutes les armées du
monde, il y a un cursus rigoureux
dans l\'attribution des grades. On
ne s\'improvise pas officier et
encore moins officier général comme
dans un théâtre. C\'est seulement
dans mon pays que l\'on voit de
telles absurdités. C\'est
scandaleux, aberrant et
inacceptable. Cette nomination de
Bemba et autres est la résultante de
la vague de nominations farfelues à
des grades similaires par
Laurent-Désiré Kabila. Bemba ne fait
qu\'emboîter le pas aux autres avant
de se faire rattraper par le RCD/Goma,
etc... Les grades que portent la
plus part de ces officier généraux
sont tout simplement fantaisistes.
Il faudra un jour remettre de
l\'ordre et redevenir sérieux.
Q.Il semble que nombre
d\'officiers ex-FAZ ralliés à
Jean-Pierre Bemba au début ont
quitté le mouvement. Quelles en sont
les raisons ?
R. Je vous ai relaté tout au
long de notre entretien la nature de
Bemba. Il est vrai que certains ex-FAZ
ont quitté le MLC mais je puis vous
assurer que l\'armée du MLC que nous
avons construit est composé toujours
de militaires de tous horizons, ex-FAZ,
ex-FAC, Banyamulenges, ex-RCD et
autres recrus, Il n\'y a pas que
nous qui nous sommes retirés du MLC,
beaucoup d\'autres leaders et pas
des moindres sont en désaccord total
avec Bemba.
Q.
Vous êtes l\'un des
initiateurs du MLC. Qu\'est-ce vous
savez sur le rôle des généraux
ougandais Kazini et Saleh, accusés
aujourd\'hui dans le panel des
Nations Unies, dans l\'exploitation
des ressources de la République
démocratique dans la partie
contrôlée par le MLC ?
R. Les enquêteurs du Panel
ont fait leur rapport, que chacun
des accusés prouve son innocence.
Q. Quel a été l\'apport de
l\'Ouganda au MLC en hommes et en
logistique jusqu\'à votre départ du
mouvement ?
R. Grâce à leurs appuis nous
avons conquis plusieurs villes au
nord en partant de la Province
Orientale vers la province de
l\'Equateur et mis sur pied une
armée forte et combattante. Nous
avons beaucoup d\'admiration pour le
Général KAZINI, commandant des
forces ougandaises qui n\'a cessé de
nous apporter tout son savoir
militaire de l\'art de la guerre à
travers des conseils bénéfiques et
qui considérait Jean-Pierre Bemba
pratiquement comme son fils.
Q. A votre départ, le
mouvement comptait combien
d\'hommes? Est-ce que l\'Armée de
libération du Congo est une armée
aguerrie et disciplinée comme la
présente Jean-Pierre Bemba ?
R. Vous savez le territoire
que contrôle BEMBA est une véritable
pépinière pour le service militaire.
Il peut recruter autant qu\'il veut.
Bemba a de très bons officiers, ses
militaires ont un très bon niveau
d\'entraînement, disciplinés et très
aguerri au combat. C\'est triste que
certains éléments se livrent à des
actes barbares peu communs à leurs
habitudes. Mais nous savons aujourd\'hui
ce qui est à l\'origine de ces actes
que nous déplorons et dont Bemba
porte seul l\'entière
responsabilité.
Q. En tant qu\'ancien de la
Division spéciale présidentielle,
comment expliquez-vous la débâcle
des FAZ face aux troupes de l\'AFDL?
La DSP elle-même semble avoir eu une
réputation surfaite. Pourquoi
n\'a-t-elle pas combattu ?
R. La désintégration des FAZ
à la création des unités telle que
la DSP et la Garde Civile a engendré
un sentiment d\'abandon et
d\'incrédulité au sein des unités
dépendant de la force terrestre, la
dispersion de ses unités à travers
le pays, la mauvaise politique
d\'encadrement, la régionalisation
de l\'armée, la maltraitance de la
population civile par les
militaires.
Tous ces facteurs ont précipité la
débâcle des FAZ. Kenge était bien
défendu par les éléments de la DSP
malgré leur effectif réduit,
n\'oublions pas que avant la guerre
deux brigades de la DSP était en
dehors de Kinshasa; une brigade au
Kivu, l\'autre brigade répartie
entre Gbadolite et Lubumbashi. Le
verrou de Kenge pouvait résister
encore longtemps s\'il y avait pas
la trahison.
Q. Y avait-t-il trahison de
la part de certains généraux comme
Mahele tel que cela se raconte dans
certains milieux ?
R. Tout ses proches
collaborateurs l\'on trahi, pourquoi
doit-on incriminer seul le feu
général MAHELE ? Quelques officiers
supérieurs et généraux que nous
connaissons ont leur part de
responsabilité dans cette trahison.
Q.
Croyez-vous que les
généraux comme Nzimbi généraux comme
Nzimbi et Baramoto peuvent jouer
encore un rôle dans l\'armée ?
R. Ce sont les Etats Généraux
de l\'armée qui détermineront le
statut de chacun d\'eux; mais s\'ils
estiment qu\'ils sont aptes de
travailler dans l\'armée et qu\'ils
ne sont pas en âge de la retraite,
tant mieux, ça sera leur droit le
plus élémentaire.
Q.
Comment vous voyez votre
avenir ? Dans l\'armée ou dans la
politique?
R. Je suis confiant. Et je
suis persuadé que j\'ai encore un
grand rôle à jouer dans notre armée
pour servir et défendre notre pays.
L\'avenir nous dira.
Q.
Vous avez tenté de rallier
le pouvoir de Kinshasa après votre
départ du MLC. Qu\'est-ce qui n\'a
pas marché ?
R. Je suis allé à deux
reprises à Kinshasa sur invitation
personnelle du président de la
république, ce geste est un indice
fort d\'ouverture. Le président
Joseph Kabila a la volonté affichée
d\'ouverture politique mais son
entourage composé de faucons
visionnaires qui ne voient que leurs
intérêts personnels ne lui facilite
pas la tâche.
Par contre, le camp des modérés fait
de son mieux pour maintenir le
rapprochement avec les opposants
potentiels. J\'entretien de bons
rapports avec quelques personnalités
du régime.
Q.Que pensez-vous des ennuis
juridiques actuels de Jean-Pierre
bemba ? doit-il être disqualifié de
la transition ?
R. Attendons la conclusion de
l\'enquête et peut être de
l\'instruction pour voir s\'il est
inculpé ou pas. Si nous optons pour
la réunification du pays, tous les
acteurs politique doivent jouer
chacun un rôle. Tenons compte de la
dimension communautaire et régionale
que représente le MLC.
Seule les valeurs communes peuvent
forger un avenir commun. Cela dit,
s\'agissant de la traduction de Jean
Pierre Bemba devant la Cour Pénale
Internationale par la FIDH/France
pour crimes de guerre en
Centrafrique, c\'est une autre paire
de manche. Qui vivra verra.
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