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Cap sur la Troisième République
Un élan patriotique et démocratique irréversible

 
Que l'extraversion, les stratégies de « collaboration » et l’utilisation de la force, en 1998, aient été nécessaires pour mettre fin aux velléités dictatoriales de Laurent-Désiré Kabila, il est difficile d’en douter. La prétendue seconde guerre de libération, qui a vu le Rwanda s’appuyer sur le RCD et l’Ouganda sur le MLC pour envahir à nouveau le Congo, avait ainsi permis de stopper le processus de renforcement des tendances autocratiques et d’effacement des vagues prémisses du libéralisme institutionnel initiées au crépuscule du régime mobutiste et imposé le processus de négociation qui conduisit, trois ans plus tard, aux accords de Sun City. Pour autant, cela ne signifie pas que l’intervention militaire menée par l’alliance des voisins de l’Est contre le régime de Laurent-Désiré Kabila ait été justifiée, ou qu’elle se soit finalement avérée utile. Loin de prévenir une crise politique, en effet, elle l’a au contraire précipitée, entraînant le Congo dans un processus d’implosion, provoquant une véritable catastrophe humanitaire dans le pays et laissant derrière elle une économie congolaise profondément désarticulée, des infrastructures anéanties et des populations durablement choquées.
 
Mais, si le renouveau autocratique initié par Laurent-Désiré Kabila et son régime aux relents autoritaires nous ont mis mal à l’aise et déçus ; force est aussi de reconnaître que son fils, Joseph Kabila, semble avoir d’emblée préféré jouer la carte de l’ouverture politique et diplomatique, adoptant une démocratie calquée sur le modèle occidental et faisant, avec un pragmatisme séduisant, table rase du passé et de ses parrainages politiques encombrants. Ainsi, le samedi 7 septembre 2002, dans un message solennel à l'Assemblée Constituante et Législative-Parlement de Transition, s’était-il engagé à faire participer le Peuple congolais au combat pour la défense de la Patrie ainsi qu’à Lui donner des moyens réels afin qu’Il prenne part à la gestion du pays. Il avait, en outre, tenu à promettre l’amorce du processus de remise du pouvoir au Peuple que nous sommes en voie de parachever aujourd’hui par l’organisation des élections libres, démocratiques et transparentes. Sans l’avoir voulu et sans peut-être le vouloir clairement, Joseph Kabila se retrouve désormais et franchement au cœur des préoccupations des Congolais. Bien que critiqué, vilipendé, diffamé, il reste aussi l’acteur politique le mieux conseillé, le plus interpellé, défendu et applaudi par ses concitoyens. Face aux échéances électorales en cours, l’opinion nationale n’a dorénavant des yeux que pour son président pacificateur et unificateur. Preuve que le processus démocratique s’enracine profondément dans la patrie des Hommes intègres. Aussi, Joseph Kabila offre-t-il une culture politique républicaine au-delà de toutes les attentes les plus optimistes. Cet élan-là, patriotique, démocratique et populaire, semble irréversible.
 

L’apocalypse prédit après le 30 juin, véritable pétard mouillé

 
Comme au 30 juin 2005, certains rivaux politiques de Joseph Kabila, effrayés par la perspective de mise à nu de leur réelle force par l’épreuve électorale, avaient misé sur la menace et promis « l’apocalypse » pour le 30 juin 2006. L'explosion prédite et redoutée s’est finalement avérée n’être qu’un simple pétard mouillé. Le fait que « l’apocalypse » à maintes fois annoncées ne se produit toujours pas, même si, à en croire certains, ce n’est que partie remise, prouve que le Peuple congolais a atteint un niveau de maturité si suffisamment éminent qu’Il est désormais à l’aise pour discerner ses intérêts et savoir hiérarchiser ses priorités selon le contexte. Celui de l’heure en appelle à privilégier le processus électoral qui crée l’opportunité de réhabiliter les attributs du souverain primaire congolais. S’il ne fait pas table rase du passé, cet élan patriotique et démocratique n’en crée pas moins une nouvelle culture politique. Résolument acquise au changement et à l’idéal démocratique, la majorité de Congolais, tirant avec réalisme les leçons des épreuves passées, s’inscrivent dans un large mouvement tourné vers l’avenir. Aussi, font-ils confiance à des hommes nouveaux pour concevoir la modernisation politique et administrative du pays, trancher avec fermeté des tâtonnements interminables de la transition et mener la vie dure aux forces conservatrices négatives qui tentent, par de piteux combats d’arrière-garde, de freiner cet irrésistible élan vers le progrès et la modernité. De là la phase de « reconstruction », qui rappelle les lendemains de la Sécession américaine.
 

Les deux versants du régime de transition

 
Comme à la veille de tout changement sociétal majeur, le pouvoir politique, la présidence de la République notamment, représente un enjeu plus qu’une réalité. C’est l’issue des consultations électorales en perspective qui déterminera qui conduira la « reconstruction » du pays ainsi que sa modernisation. La Troisième République du Congo ne s’apparentera à une nouvelle culture politique, à une nouvelle ère historique que si ce sont les forces de changement qui remportent les élections à la fois au niveau présidentiel, législatif que local. Or, attachés aux manœuvres politiciennes traditionnelles dans le pays, la majorité des candidats en lice privilégient les concertations occultes et de boiteux compromis ou alliances de gouvernement que la confrontation avec l’épreuve des suffrages universels. Aussi, le nouveau combat politique se résume-t-il actuellement à une polarisation des forces, selon une dialectique manifeste entre le « mouvement », que représente la nouvelle majorité présidentielle regroupée au sein de l’AMP, et la « résistance », que les avatars du mobutisme tentent d’opposer. Mais dans cette confrontation, l’AMP a déjà su gagner quelques longueurs d’avance en s’attirant les sympathies du Peuple souverain par l’accent mis sur l’épanouissement progressif des libertés individuelles, la promotion exemplaire de participation du Peuple souverain à la gestion des affaires publiques et la mise à contribution de la communauté internationale dans ce processus d’avènement de l’Etat de droit.
 
Si l’on constate que la course au gain facile et malhonnête de l’argent, la conquête du pouvoir politique en vue de la concentration économique ainsi que les stratégies d’extraversion pour triompher des partis rivaux sont en voie de disparition, on ne s’étonnera pas que les grands clivages traditionnels qui menaçaient de diviser le Peuple congolais, l’opposition entre l’Est et l’Ouest du pays, le vieux antagonisme entre fédéralistes et centralisateurs, l’affrontement entre étatistes et libéraux, entre unificateurs et sécessionnistes, etc., s’ils sont encore loin de disparaître, tendent néanmoins à se fragmenter et à se noyer dans des enjeux plus complexes qui émergent de plus en plus et au premier rang desquels surgissent la défense spirituelle de la Patrie, la résistance aux appétences des étrangers, la prospérité matérielle de la population ainsi que la reconstruction tant politique, économique que sociale du pays et de la société congolaise. L’évolution récente permet de croire que la démocratie des groupes prend désormais un essor irréversible en RDC et confirme l’entrée du pays dans l’ère de la modernité technique et de l’alternance politique.
 
Le phénomène reflète à la fois la vitalité des corps intermédiaires, entre l’élite politique et la base de la société, et, surtout, la volonté accrue de chaque citoyen à s’engager pour la forme de régime politique qu’il juge le meilleur. Réagissant à la priorité majeure des enjeux électoraux en cours, l’entourage du président de la République sortant a démontré beaucoup de discernement en organisant avec précocité et efficacité des alliances faîtières autour de sa candidature. Ailleurs, on assiste encore et continûment à un processus d’agrégation lâche, à des fourvoiements insolites et à d’affligeants atermoiements. Dès lors, on peut aisément comprendre la peur des échéances électorales réelles chez ceux qui n’ont toujours pas de base électorale satisfaisante et fiable. La niaiserie consiste à croire encore à une autre possibilité de prolongation de la transition ou à un éventuel report des élections considérées par tous comme indispensables, impérieuses et urgentes pour la naissance de la Troisième République et l’entrée du pays dans l’ère de la démocratie, de la modernité et d’une nouvelle culture politique.
 

Effritement de la camarilla conservatrice et magouilleuse

 
Depuis l’arrivée de Joseph Kabila au pouvoir, un nouveau courant politique encore mal défini, articule timidement sa doctrine autour du patriotisme, réclame la modernisation des institutions, la satisfaction des besoins collectifs et la suppression des inégalités sociales les plus criantes. Autour de ces idées-forces, ce courant novateur continue à attirer avec vigueur des adhésions diverses et à fédérer des clans politiques autrefois radicalement opposés. Stimulé par ses succès stratégiques, ce courant s’émeut progressivement en une forte coalition politique par un puissant mouvement d’attrape-tout sur son passage. Il cherche désormais à renforcer sa position dominante en fortifiant les pouvoirs de Joseph Kabila et en anticipant sa victoire à la présidentielle de juillet prochain. Sa tendance consiste à étouffer ses adversaires déclarés et potentiels ou de les contraindre à l’innovation pour espérer pouvoir survivre politiquement.
 
Forcément rejeté sur la défensive face à cet optimisme jubilatoire de la majorité présidentielle, les barons du mobutisme et les autres acteurs en mal de positionnement, plus désorganisé encore qu’ils ne le laissent paraître au premier abord, abandonnent de plus en plus l’idée de toute rivalité immédiate. Bon nombre d’entre eux se résignent, de manière affligeante, à la facilité de ralliement sans grande et réaliste prétention pour l’avenir. Les moins lucides restent encore attachés à la stratégie de l’obstruction, sans réaliser que la majorité populaire a changé de camp et soutient dorénavant les forces de « progrès ». Les plus valeureux d’entre eux choisissent la tactique de souscription à la nouvelle légalité comme rempart pour les droits politiques et humains, afin de participer dans de meilleures conditions aux combats politiques en vue de nouvelles ascensions et pour l’alternance au pouvoir. Le virulent antagonisme des fronts calqués sur des intérêts égoïstes tend ainsi à le céder à une bipolarisation plus souple et articulée autour des idéologies modernistes. C’est dans ce sens qu’il faut saluer et soutenir l’apparition des nouvelles plates-formes électorales telles que la Codeco (Coalition des Démocrates Congolais), RENACO (Regroupement des nationalistes congolais) ou le FDC (front pour la défense du Congo), qui se défend encore maladroitement de ne pas être une plate-forme électorale ; comme si cela serait un crime ou comme si ses membres,.tous en phase de crépuscule politique, pourraient envisager meilleure stratégie pour survivre à l’impitoyable processus de couperets populaires amorcé…
 

Elargissement de la majorité présidentielle et optimisme jubilatoire pour les élections

 
Avec sa solide et précoce stratégie d’alliances tous azimuts, tout indique que la victoire électorale de l’Alliance pour la majorité présidentielle (AMP) est dorénavant inévitable. Même en retenant l'hypothèse la plus improbable, Joseph Kabila, avec un bilan si brillamment étoffé, sera inévitablement plébiscité, tout au moins au deuxième tour, pour s'installer légitimement au fauteuil présidentiel de la République Démocratique du Congo. C'est si évident que personne ne pense un seul instant qu’il puisse perdre les élections de 2006. La situation est ainsi analysée et perçue par la communauté internationale qui ne cesse de lui apporter tous les atouts possibles, dans tous les principaux mouvements sociaux qui espèrent ainsi avoir l’occasion de participer à la gestion des affaires publiques comme promis par le président candidat à sa propre succession, dans les organisations syndicales estudiantines qui croient à l’amélioration de leur statut et de leurs conditions de vie selon les promesses incisives du même Kabila, dans les quartiers populaires et dans la classe moyenne mécontente et déçues par les régimes politiques antérieurs et les caciques du paysage politique depuis des lustres. D’où le sens, la force et l’opportunité de cette vaste coalition née dans le cadre de la lutte contre les incertitudes et les magouilles du passé.
 
Alors, envisager encore de nouvelles pirouettes politiques en termes de concertations ou de boycott du processus électoral ou de sabotage de la campagne des candidats en lice ne ferait qu’accroître le discrédit populaire et le désaveu implacable à l’égard de ceux qui s’en illustreront comme auteurs ou instigateurs. Les élections sont incontournables et urgentes, allons donc aux élections en raffinant des stratégies qui permettent, à ceux qui le peuvent, de survivre politiquement à l’issue de cette première épreuve de la démocratie réelle au Congo. Demain, le combat se poursuivra au niveau des parlements central et locaux. Quel que soit le vainqueur, nous serons néanmoins entrés dans l’ère de l’alternance politique et les vaincus pourront et auront aussi bien le temps que les moyens de réviser leurs stratégies pour espérer renverser les majorités gouvernementales en vigueur. Joseph Kabila est donc l’homme qui a su préparer la rupture avec les instabilités du passé et l’entrée dans la Troisième République que nous espérons démocratique, stable et prospère. Il n’est que pure logique que certains souhaitent le voir poursuivre et confirmer l’œuvre qu’il a su brillamment amorcer.
 
Eclairage
Chronique de Lwakale Mubengay BAFWA

                    


 
 

 

 

 

 

 

 

 




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