Bemba fils raconte au «Soft» ses déboires judiciaires et familiaux
À Bruxelles, le fils Bemba va loin, très
loin, encore plus loin dans l’interview exclusive qu’il a accordée au «Soft
International». Jean-Jacques Bemba Pollet Bere nous explique ses déboires avec
la justice belge, souligne la
difficulté de porter son patronyme Bemba, nous fournit des repères sur la
famille. Exclusivement «le Soft».
BRUXELLES.
Dans le hall inhabituellement désert du Hilton Hotel à Bruxelles, une silhouette
surgit d’une pièce attenante. Nous sommes vendredi 9 mars. L’homme a tout d’un
habitué des lieux...
Il reconnaît son vis-à-vis et avance ferme droit vers lui. Lunettes fumées, il
sort du resto et explique avoir un rendez-vous. Derrière lui, une autre
silhouette fait face. C’est le consul général de R-dC à Anvers, le MLC
Jean-Jacques Mbungani. Rencontre entre compatriotes...
Très avenant, le fils Bemba - Jean-Jacques Bemba Pollet Bere - explique que lui
et le consul d’Anvers ne se quittent pas. Lequel consul dit avoir «quelques
ennuis» avec le chef de mission dans le Royaume, l’ambassadeur Jean-Pierre
Mutamba.
«C’est de la politique. Je suis certes du MLC. Mais je suis d’abord consul de la
République Démocratique du Congo. Il n’y a aucun amalgame. Mon étiquette
politique n’a rien à voir avec l’exercice de ma fonction. Or, j’ai appris que
mes actes ne peuvent plus être pris en compte par les Belges. De même que les
visas que je délivre... à Anvers».
Le fils Bemba fait face aussi à des ennuis. Mais cette fois, avec la justice
belge.
Ouvert aux médias - qu’il sollicite même lui-même, à en croire la presse belge -
l’homme, 40 ans, va loin, très loin, encore plus loin dans l’interview ci-après.
Vous êtes recherché par la police et la justice belges!
Vous me voyez si libre. Je serais inquiété le moins du monde que je ne me
présenterais pas en pareil endroit.
C’est encore la presse qui raconte n’importe quoi?
Il y a un côté sensationnel en effet. C’est peut-être parce que je suis un
Bemba.
C’est quoi exactement cette affaire? Vous seriez poursuivi à Bruxelles pour
escroquerie?
La presse fait un amalgame. Il y a deux affaires: une première dans laquelle je
ne suis absolument pas mêlé est celle qui oppose André Olela Okuka et un neveu
de Mobutu, Mobutu Zemanga Telo. Il s’agit d’un fils du frère aîné du président
défunt - ce frère aîné de Mobutu est en vie et vit à Gbado-Lité.
Dans cette affaire sont aussi cités un Congolais, Fataki Ravis, un Camerounais -
un certain Prosper - et un Belge, Philippe De Lauze.
Il s’agit d’une affaire d’escroquerie d’un notaire. Les juges ont donc voulu
rassembler tous les dossiers dans lesquels Olela est cité. C’est ainsi que
l’affaire qui m’oppose à un Belge - un certain Duprez - s’est trouvée jointe à
celle de Mobutu Zemanga Telo. Je veux dire que je ne suis ni de loin, ni de près
mêlé dans l’affaire de l’escroquerie du notaire belge dans laquelle Mobutu
Zemanga est cité et qui présente André Olela Okuka comme le cerveau de l’affaire.
L’affaire Olela-Zemanga est jugée à la 44ème chambre du tribunal correctionnel
de Bruxelles alors que la mienne avec Olela est examinée à la 61ème chambre de
cette même juridiction. C’est vrai que dans les deux affaires, il s’agit du même
modus operandi. C’est-à-dire contre remise, on vous demande de financer le
nettoyage des dollars prétendument «encrés». Bien entendu que d’aucuns
aimeraient voir un Mobutu et un Bemba s’affronter devant les tribunaux. Il n’en
est rien...
Pourquoi alors la justice vous recherche-t-elle?
J’ai été condamné par défaut. Ni moi-même, ni mon avocate, Virginie Baranyaka,
une métisse rwandaise du barreau de Bruxelles, n’avions reçu le mandat de
comparution. Nous n’étions donc pas saisis par la justice de la date de cette
affaire. Si bien que ni mon avocat, ni moi-même, n’étions au tribunal le jour du
procès.
J’ai donc été condamné par défaut. Mon avocate a fait immédiatement opposition à
l’exécution du jugement en attendant que le procureur du roi l’entende.
Rendez-vous a été pris pour le lundi 12 mars. Nous sommes dans un pays de droit
et je fais entièrement confiance à la justice de ce pays.
Au fond, c’est quoi qui vous oppose à ce M. Duprez?
André Olela, un ancien militaire du régime Mobutu, m’a demandé de l’introduire
auprès de quelqu’un qui pouvait l’aider à «nettoyer» des dollars «encrés» qu’il
avait dans une malle. Je l’ai donc mis en contact avec cette connaissance belge.
Olela réclamait 50.000 euros pour acquérir un produit pouvant l’aider à nettoyer
ces dollars qu’on avait imprudemment «encrés» et, en contrepartie, promettait de
remettre une part de cette malle au «partenaire».
Duprez a été séduit par l’affaire - du jour au lendemain, il se retrouvait à la
tête d’une petite fortune - mais a expliqué ne pas disposer d’une somme de
50.000 euros. Cependant, il n’a pas voulu restituer la malle de dollars. Sans
doute voyait-il l’affaire s’en aller... Olela a rompu net tout contact avec
Duprez qui, curieusement, a porté plainte pour tentative d’escroquerie. Et, pour
avoir présenté Olela à Duprez, moi, je me trouve cité pour complicité
d’escroquerie...
Pensez-vous vraiment qu’une telle affaire peut donner lieu à autant de bruits
alors que des affaires comme celle-ci sont traitées par centaines par jour à
Bruxelles? Je vis en Belgique et je sais de quoi je parle. Je connais des gens
qui sont en prison ou qui vont y aller sans que les médias n’en parlent.
Pourquoi s’acharne-t-on sur moi? Est-ce parce que je m’appelle Bemba?
Ces dollars avaient-ils une réelle existence?
Non, malheureusement. Il s’agit de faux dollars. Et devaient servir d’appât pour
piéger le poisson. Je ne l’ai appris que plus tard et à mes dépens. Ces faux
billets avaient pour but de servir de leurre.
Dès que le «partenaire» a remis l’argent destiné à l’achat du prétendu produit
de «nettoyage», l’autre partie disparaît aussitôt, avec l’argent reçu. C’est ce
qu’on appelle le «système Faitman». C’est triste de le dire mais c’est comme ça
que ça marche. À Bruxelles, ce «système» est monnaie courante... Duprez et moi
avons été trompés par Olela.
Il y a quelques années, une affaire semblable avait été au centre d’un
scandale avec une descente musclée de la police dans une villa-leurre louée par
les Bemba dans une banlieue de Bruxelles, à Rhodes-Saint-Genèse alors que les
Bemba habitent Lasne... La police avait fait état de faux dollars qui étaient
blanchis chez vous... Déjà à cette époque!
Oui mais moi je n’y étais pas. Moi, je n’ai jamais vécu avec eux. Cette affaire
regardait mon père. Peut-être le vieux avait-il voulu couvrir quelqu’un! Il
aurait pu couvrir un de ses enfants, qui sait! Qu’est-ce qu’il n’a pas ramassé,
le vieux!
Vous, on vous dit proche des Mobutu...
Je suis plutôt très proche de Nzanga - le fils Mobutu. De par ma mère, je suis
un Ngbandi. Ma mère s’appelle Lutigarde Tange, une proche de Maman Bobi, la mère
de Nzanga. Précisément ma mère est nièce à Maman Bobi Ladawa.
Moi j’ai vécu avec ma tante, Mme Pollet, qui m’a adopté. Elle était Belge. C’est
d’elle que je tiens mon autre nom... Quant à ma mère, elle vit à Gbado-Lite. En
fait, elle n’a jamais vécu avec mon père. C’est la mère de Jean-Pierre qui fut
la femme de mon père. Elle fut Ngbaka.
On sait que vous êtes les deux garçons Bemba adultes...
Nous sommes les deux seuls frères - en réalité, les deux frères les plus âgés.
Les autres garçons sont beaucoup plus jeunes. C’est ainsi qu’on n’en entend pas
parler... Au total, nous sommes six garçons.
Les quatre autres garçons, mon père les a d’un autre lit: le lit de Mme Lenoir,
la belle soeur de Lukusa (ndlr l’ancien P-dg de la Gécamines-Sozacom).
Aujourd’hui, mon père vit avec Pierrette Mbombo, la nièce d’Étienne Tshisekedi.
Le couple n’a, à ce jour, aucun enfant. Avec la mère de Jean-Pierre, mon père a
eu trois enfants, outre Jean-Pierre qui est le seul garçon. Ce sont Caro, épouse
Bamanisa, Kathy, épouse Nzanga et Françoise qui vit en Suisse et vient de partir
depuis hier (ndlr jeudi 8 mars) pour Kinshasa.
Vous êtes donc en contact avec les Bemba?
Je suis en contact permanent avec toute la famille, sauf avec mon frère aîné
Jean-Pierre. Je vis maritalement avec une Belge d’origine congolaise, Mlle
Patricia de Pauw, et nous avons trois enfants.
Ma fille aînée est la filleule de Mme Liliane Texeira Bemba, l’épouse de
Jean-Pierre. Nous sommes donc en contact. Sauf avec mon frère. Je ne sais pas
pourquoi. Peut-être parce que je serais né hors mariage!
Depuis qu’il dirigeait sa rébellion à Gbado-Lité à ce jour, je ne l’ai jamais eu
au téléphone. C’est de notoriété publique. Je parle avec toute la famille, sa
femme et ses enfants. Sauf avec lui.
On vous a vu défiler pour lui à Bruxelles...
En effet. Et je l’ai fait à titre de petit frère de sang. Pendant la campagne
pour la Présidentielle, j’ai mobilisé dans la Communauté en sa faveur. Sans
avoir rien reçu et sans rien non plus attendre de lui. Je gère deux petites
entreprises qui me font vivre: deux cabines téléphoniques à Jette et à Scharbeek
et un cocktail-bar à 1000 Bruxelles, place Debroucker. Je vis de ça. Je ne vis
pas de l’argent du MLC qui pourrait amener les médias belges à s’intéresser à
moi...
Vos rapports avec Jean-Pierre restent toujours aussi exécrables...
En tout cas, je n’ai reçu aucun signe d’amélioration de sa part...
À l’époque de Mobutu, on vous a vu à la tête d’un mouvement de jeunes visant
à appuyer le président Mobutu...
En effet. C’est l’époque où je faisais la politique. Et je me rappelle que
j’avais été vertement tancé par Jean-Pierre qui m’interdisait de faire de la
politique et d’appuyer le président Mobutu. Il me disait alors que si le
président Mobutu avait besoin d’être appuyé, il ferait appel à un de ses enfants
et certainement pas à un fils Bemba. Pourtant, lui, s’est retrouvé avec Mobutu.
Et il a fait la rébellion...
Vous êtes Belge, n’est ce pass?
Oui, je suis Belge et fier de l’être.
Et libre comme le vent...
Libre comme le vent. J’ai avec moi tous mes GSM. Je ne me sens pas du tout
menacé par quoi que ce soit. Je n’ai pas l’impression que c’est demain que je
serai pris par la police belge.