| Jean Kalama Ilunga parle: Je ne suis pas chaud pour l’usage du terme “Mandataire de l’Etat” que je considère comme un concept flou,.. |
Dans
une ruée effrénée pour ne pas rater l’occasion d’ascension
sociale, 6672 personnes ont posé leurs candidatures comme
mandataires de l’Etat dans les entreprises publiques dont
plus ou moins 3262 pour 27 postes de Directeur général. Info
UCDP donne la parole à Jean Kalama-Ilunga, coordonnateur du
comité exécutif de l’Union de Congolais pour la Défense de
la Patrie et du Peuple UCDP qui présente un regard critique
sur les entreprises publiques en RDCongo et les règles de
désignation de leurs dirigeants.Info UCDP: Jean Kalama-Ilunga, bonjour ! Un appel d’offre d’emploi était lancé par le gouvernement pour les candidats mandataires de l’Etat! Pour la première fois, il semble que ces candidats devront être évalués selon leurs compétences, leurs expériences ou niveau de connaissances..! Quel regard portez-vous sur cette procédure? JKI : Pendant la transition 1+4, je me souviens de la fronde politicienne qui me faisait rire lorsque certaines personnes réclamaient à cor et à cri “le partage équitable et équilibré” des entreprises publiques. En effet, en RDCongo, les entreprises publiques n’étaient que des vaches à la lait au profit des individus qui avaient en charge leur pilotage. Pour accéder à ces postes de direction, l’usage était l’arbitraire. On y était nommé sur de critères de choix subjectifs et injustes à savoir la corruption, le tribalisme, le “droit de cuissage” … la compétence, l’expérience, l’expertise n’étaient pas forcément pris en compte pour la désignation de dirigeants des entreprises publiques De mon point de vue, l’application des mesures de recrutement dans les conditions que vous évoquez sera salutaire pour l’entreprise publique congolaise parce qu’elle permettra de lutter contre la médiocrité et les pratiques illicites. Info UCDP: Plus ou moins 6672 candidats pour quelques postes à pouvoir comme mandataires de l’Etat dont 3262 candidats comme DG! On trouve du tout sur la liste diffusée par le comité de pilotage pour recrutement dans entreprises publiques COPIREP: d’anciens escrocs, des pilleurs, des politiciens au chômage, d’anciens mandataires incompétents, d’anciens membres du gouvernement qui se cherchent une place au soleil et une minorité insignifiante de ceux qui méritent d’être managers. A quoi attribuez- vous cette ruée et cette quête désespérée pour la plupart des candidats à ces postes? JKI: Cette image caricaturale de notre société montre réellement jusqu’à quel point l’utilité de l’entreprise publique a été réduite en RDCongo. Manifestement, ces postes à pourvoir ne sont que des occasions d’ascension sociale pour la plupart de ces candidats. Par ailleurs, je ne suis pas chaud pour l’usage du terme “Mandataire de l’Etat” que je considère comme un concept flou, taillé sur mesure pour servir de voile en vue de masquer la médiocrité managériale des prétendants à ces postes. Au demeurant, Cette prise de conscience en mesure de donner des béquilles à notre système économique grâce à la qualité des hommes et des femmes qui vont se distinguer comme véritables managers pour diriger nos entreprises publiques, est porteur d’espoir, mais, à condition que les critères de sélection soient élaborés sur des bases objectives crédibles ! Info UCDP: Pourquoi faites-vous la différence entre mandataire de l’Etat et manager d’une entreprise publique? JKI: Le terme Mandataire de l’Etat ne reflète en aucune manière l’exigence des missions de cette fonction dans l’entreprise publique à savoir quotidienne et à long terme devant répondre à l’objet de l’entreprise quelle qu’elle soit. Il reflète, en fait, une politisation exagérée de la fonction de direction de l’entreprise publique qui n’a plus rien avoir avec ses objectifs. Par contre, le terme de manager de l’entreprise publique est bien indiqué parce que, au travers cette dénomination, se résume clairement le professionnalisme et les exigences de la fonction de direction de toute entreprise. En effet, toute entreprise, publique ou privée, a pour objet essentiel, entre autre, la rentabilité voire même la pérennisation pour sauvegarder l’emploi. Il est intéressant de retenir, par ailleurs, que cette rentabilité peut être aussi bien quantitative que qualitative notamment pour certaines entreprises publiques dont l’évaluation se détermine par la qualité du service. Info UCDP: Une rumeur soutenue prétend que certains candidats mandataires ont déboursé des sommes importantes pour avoir un poste. Quel est votre point de vue à ce sujet? JKI: Certes, à Kinshasa particulièrement, la rumeur a toujours tenu lieu d’information. Par contre, un adage dit aussi qu’il n’y a pas de fumée sans feu. De toutes les façons, de telles pratiques doivent être bannies pour nous de l’UCDP! Pour cette raison, je demande aux candidats victimes de cette arnaque de transmettre à info UCDP les noms des malfrats vendeurs des postes pour les faire connaître au peuple congolais! Info UCDP : Qu’attendez-vous des managers des entreprises publiques comme la SNEL, REGIDESO…. Du point de vue de la qualité des personnes? JKI : Au sommet de ces grandes entreprises publiques, les managers doivent disposer impérativement du projet d’entreprise et de la capacité avérée de définir les orientations, la stratégie ainsi que les objectifs spécifiques pour chaque entreprise concernée. Sinon, ils seront incapables de remplir les missions à savoir celles quotidiennes consistant à assurer la performance à court terme et à suivre la réalisation des objectifs voire à contrôler la mise en place des actions correctrices et celles à long terme consistant à définir et à clarifier la stratégie. Ils doivent disposer des aptitudes à analyser en temps réel en vue d’apporter des réponses à des opportunités ou à de crises voire à écouter et à comprendre les tendances pour anticiper des perturbations prévisibles. C’est la raison pour laquelle je suis d’avis que l’entreprise publique ne doit en aucun cas être un gâteau des factions politiques qui se déchirent pour s’arroger le monopole de mainmise sur telle ou telle entreprise publique parce qu’une entreprise publique est et reste l’outil de l’Etat et elle n’a de compte à rendre qu’à l’Etat impartial quant au choix à porter sur telle ou telle personne. Info UCDP : Il semble que des fortes pressions politiques sont exercées sur le Chef de l’Etat et le chef du gouvernement par les politiciens sans fonction du groupe majoritaire au parlement pour imposer leurs nominations à la tête de certaines entreprises publiques. Trouvez-vous normal cette façon de faire en politique ? JKI : Certes dans le secteur public, les décisions ont plus de résonances politiques étant donné que les décisions et les actions engagées imposent d’être argumentées pour être en adéquation avec la politique du gouvernement! Mais, n’en déplaisent aux politiciens qui font des pieds et des mains pour s’emparer de la direction d’une firme publique sans avoir la compétence managériale requise, une entreprise publique est avant tout une entreprise et sa gestion est rationnelle et ne s’inscrit en aucune manière dans l’irrationalité politicienne. Par ailleurs, il n’est pas interdit à un politicien qui dispose des compétences managériales avérées de postuler, comme tout le monde, au poste de direction d’une entreprise publique! Et à ce titre, pourquoi ne pas impliquer le parlement au travers un grand oral pour départager les candidats les plus brillants ? Quant aux pressions politiques, il revient au Président de la République et le Premier ministre de faire de la résistance pour ne pas céder à ces actions qui tirent notre pays vers le bas! Info UCDP : Pour terminer, Jean Kalama-Ilunga, serez-vous favorable en cas de recours aux managers étrangers pour la direction de certaines entreprises publiques? JKI : En cas de nécessité, oui! Oui ! Parce que la RDCongo a et aura toujours besoin de l’expérience et de l’expertise dans certains domaines qu’elle n’a pas et qu’elle ne peut avoir qu’à l’étranger, dans les pays plus avancés! Lorsqu’on nomme un dirigeant d’une entreprise, c’est, avant tout, pour résoudre un problème inhérent à la bonne marche de l’entreprise qui exige, de tout point de vue, des résultats positifs! Le manager, devant faire preuve de compétences stratégiques du secteur, est choisi en fonction du stade de développement de l’entreprise, par exemple au stade de la stabilisation, il faut un bon gestionnaire avéré, tandis qu’à la création ou la réhabilitation de l’entreprise, il faut quelqu’un ayant une personnalité de pionnier, d’inventeur…En tout état de cause, la désignation à la tête d’une entreprise publique comme la SNEL, la Regideso, la Miba, l’ONATRA pour le transport des voyageurs d’un manager étranger aux compétences avérées a l’avantage de favoriser le transfert de connaissances et d’expériences du fait qu’il sera secondé dans son action par des assistants congolais! Le monde évolue très vite ; les méthodes, les approches changent si bien que, pour combler le fossé qui nous sépare aujourd’hui du monde en avance, la RDCongo devra recourir à l’expérience et à l’expertise étrangère, même pour nos entreprises publiques! Sans état d’âme, elles peuvent être africaine, asiatique, européenne ou américaine pourvu qu’elles nous permettent d’atteindre nos objectifs ! Je vous remercie ! Propos recueillis par Info UCDP |

Dans
une ruée effrénée pour ne pas rater l’occasion d’ascension
sociale, 6672 personnes ont posé leurs candidatures comme
mandataires de l’Etat dans les entreprises publiques dont
plus ou moins 3262 pour 27 postes de Directeur général. Info
UCDP donne la parole à Jean Kalama-Ilunga, coordonnateur du
comité exécutif de l’Union de Congolais pour la Défense de
la Patrie et du Peuple UCDP qui présente un regard critique
sur les entreprises publiques en RDCongo et les règles de
désignation de leurs dirigeants.