Kabila se pose en garant de
la Constitution et tient un
discours de fermeté
Le
président de République
démocratique du Congo (RDC)
Joseph Kabila a pleinement
justifié lundi l'emploi de
la force armée contre la
garde rapprochée de
l'ex-vice-président
Jean-Pierre Bemba la semaine
dernière à Kinshasa, où "il
fallait à tout prix rétablir
l'ordre".
Le jeune chef de l'Etat (35
ans), arrivé au pouvoir en
2001 après l'assassinat de
son père, le président
Laurent-Désiré Kabila, et
élu en octobre 2006, s'est
posé en garant de la
Constitution et a démenti
toute intention d'instituer
un parti unique" en RDC.
Face à "une milice qui avait
pour objectif de s'en
prendre aux sièges des
institutions, qui avait pour
but de contrôler la capitale",
"il fallait à tout prix
rétablir l'ordre", a affirmé
M. Kabila au cours d'une
conférence de presse au
palais présidentiel à
Kinshasa.
"Le problème n'était pas
politique, le problème était
militaire et sécuritaire.
(...) Ce n'est pas par la
négociation qu'on assure la
sécurité", a-t-il martelé,
alors que l'ONU et plusieurs
puissances avaient appelé à
la reprise du dialogue pour
dénouer cette crise.
Près de 120 personnes ont
été tuées lors
d'affrontements les 22 et 23
mars entre l'armée régulière
et la garde rapprochée du
sénateur Bemba, qui refusait
de voir ses hommes intégrer
l'armée nationale en
estimant ne pas avoir de
garanties pour sa sécurité.
Ses hommes ont été défaits
par l'armée et lui-même est
hébergé depuis le 22 mars
par l'ambassade d'Afrique du
Sud. Le gouvernement accuse
l'adversaire malheureux de
M. Kabila à la
présidentielle de 2006 de
"haute trahison" et a
annoncé le 23 mars
l'engagement de poursuites
contre lui pour "entretien
de milice".
"Il y a quelqu'un (M. Bemba)
qui a essayé de se mettre au
dessus de la loi (...) et la
loi vient de le remettre à
sa place", a-t-il souligné,
rappelant que ses gardes
avaient reçu un "ultimatum"
de l'état-major général des
Forces armées de RDC pour
regagner les camps
militaires à partir du 15
mars.
Le président a refusé de se
prononcer sur le sort de M.
Bemba, alors qu'une "procédure
judiciaire" a été engagée.
De son côté, l'ancien vice-président
s'est dit prêt lundi à
partir en exil s'il n'avait
pas de "garantie"
sécuritaire et a accusé M.
Kabila de vouloir se "débarrasser"
de lui dans un entretien au
quotidien Le Monde.
"Nous sommes à un tournant
de notre histoire, car si on
continue de décapiter
l'opposition, une nouvelle
dictature se mettra en
place", a-t-il affirmé.
M. Bemba se trouvait
toujours lundi dans une
résidence de l'ambassade
sud-africaine et n'avait
encore fait "aucune demande
d'asile" à la mi-journée,
selon des sources
diplomatiques.
Interrogé sur le sort des
élus de l'opposition membres
du Mouvement de libération
du Congo (MLC) de M. Bemba
et dont certains ont affirmé
à l'AFP avoir été victimes
de menaces, le président
Kabila s'est voulu rassurant.
"La Constitution sera
respectée. Les députés (du
MLC) peuvent être tout à
fait à l'aise", a-t-il dit,
tout en reconnaissant "des
dérapages ici et là".
"Je serai la dernière
personne à violer la
Constitution. Instituer un
parti unique relève de la
haute trahison", a-t-il
ajouté.
Toutefois, certains journaux
de Kinshasa ont fait part de
leurs inquiétudes pour le
processus démocratique en
RDC, à l'instar du Potentiel
(proche de l'opposition) qui
titrait lundi: "la
démocratie au bout des
canons".
Enfin, l'organisation locale
de défense de la presse
Journaliste en danger a
dénoncé "les menaces voilées"
du gouvernement, qui a
appelé ce week-end à un "assainissement
de l'espace médiatique" en
RDC.
Source: AFP