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Le Congo
va
surprendre
»
Sorti
des
urnes,
le
Kabila
nouveau
promet
la
surprise
et la
fermeté
: nous
l'avons
rencontré
mardi, à
son
bureau
de
travail,
situé
dans le
Palais
de la
Nation,
au coeur
de
Kinshasa,
quartier
de Gombé.
Un
entretien
exclusif
de notre
envoyée
spéciale,
Colette
Braeckman.A
ce
moment,
Kabila
était
informé
de sa
probable
victoire,
mais ne
pouvait
bien
entendu
pas
disposer
de
confirmation
officielle.
Interview
Monsieur
le
Président,
au
lendemain
de la
proclamation
des
résultats
provisoires
des
élections,
qui
annoncent
votre
victoire,
avez-vous
le
sentiment
d'avoir
tenu les
promesses
faites
lors de
votre
accession
au
pouvoir
en 2001
?
À
l'époque,
je
m'étais
engagé à
réunifier
ce pays,
et c'est
chose
faite.
J'avais
promis
la
pacification,
et c'est
chose
faite,
même si
des
petits
problèmes
subsistent
à l'est
du pays.
La plus
grande
promesse,
c'était
l'organisation
des
élections.
C'était
là le
socle de
la
nouvelle
République,
le point
de
départ
pour un
décollage
du pays.
Ce
processus
vient de
se
terminer
et la
transition,
ouverte
en 1990,
s'achève
enfin.
Maintenant
on va
pouvoir
redémarrer
la
reconstruction
et le
développement
sur la
base
d'un
nouveau
consensus.
Je peux
dire «
mission
accomplie
». Les
objectifs
fixés
ont été
atteints
et j'en
suis
fier.
Mais,
surtout,
c'est de
notre
population
que je
suis
fier.
Elle a
dû faire
beaucoup
de
sacrifices,
supporter
beaucoup
de
bêtises,
de 1990
jusqu'à
ce jour.
Jamais
je ne
dirai
que
cette
victoire
est
celle de
M.
Kabila,
ou celle
de sa
famille
politique.
C'est la
victoire
de tout
un
peuple,
de toute
une
nation.
C'est
même une
victoire
pour le
continent,
car avec
le
Congo,
le
continent
africain
va
changer,
certainement...
Les
démons
que le
Congo a
vaincus
étaient
nombreux
: coups
d'Etat,
démons
de
l'instabilité
politique,
démons
de la
division,
de la
guerre,
de la
partition,
du
sous-développement
aussi. A
titre
personnel,
qu'est-ce
qui fut
le plus
pénible
pour
vous
durant
cette
transition
et
quelles
sont
désormais
vos
priorités
?
La
transition
fut une
épreuve
et un
grand
défi. Le
plus
difficile
pour
moi, ce
fut la
souffrance
de ma
famille,
parce
que,
avant
d'être
président
je suis
avant
tout un
être
humain.
J'ai vu
la
souffrance
de ma
mère, de
mes
soeurs,
de mes
frères.
Moi, je
pouvais
supporter
les
critiques.
Mais les
calomnies,
les
mensonges,
les
contre-vérités,
c'était
plus
difficile.
Enfin,
cette
page est
désormais
tournée.
L'essentiel
désormais
c'est
l'avenir
du pays,
le
bonheur
de notre
population...
Mais le
Congo
d'aujourd'hui,
ce n'est
pas
celui de
1960. En
1960, il
y avait
des
infrastructures,
aujourd'hui
la
situation
est
beaucoup
plus
morose.
J'ai
identifié
cinq
chantiers
urgents
:
d'abord,
les
infrastructures
-
routes,
rails,
ponts -,
il faut
que les
régions
soient
reliées
les unes
aux
autres,
que les
gens
puissent
circuler.
Ensuite,
la
création
d'emplois,
qui
passe
par les
investissements.
Aujourd'hui
moins de
5 % de
la
population
travaillent
dans les
secteurs
formels,
une
partie
dans
l'informel
et les
autres
sont au
chômage.
Troisième
chantier
:
l'éducation.
Ecoles
primaires,
secondaires,
universités,
tout est
à
reconstruire.
Quatrième
chantier
: l'eau
et
l'électricité.
Pendant
la
campagne,
j'ai
sillonné
le pays
et,
partout,
c'étaient
les plus
grands
problèmes.
Et puis,
bien
sûr, il
y a le
chantier
de la
santé.
Voilà
les
priorités
des
priorités.
Il faut
évidemment
insister
sur la
transparence
dans la
gestion
de la
cité,
des
affaires
de
l'Etat.
Bref, il
faut
remettre
de
l'ordre
dans le
pays.
Sur
qui
allez-vous
compter
pour
réaliser
cette
tâche
colossale
?
Nous
allons
compter
d'abord
sur
nous-mêmes.
Mobiliser
davantage
nos
ressources,
nos
recettes.
Compter
aussi
sur
l'appui
des pays
amis,
mais,
avant
tout,
sur la
réorganisation
interne.
L'objectif
est de
transformer
la
société,
non pas
avec des
changements
cosmétiques,
mais par
des
bouleversements
en
profondeur.
Votre
idéal de
changement
rejoint-il
celui de
vos
nouveaux
alliés
politiques,
le Palu
(parti
lumumbiste
unifié)
en
l'occurrence
?
Le
patriarche
Gizenga
avait
déjà
travaillé
avec mon
père en
1960...
Avec son
parti,
le Palu,
mais
aussi
avec l'Udemo
de
Nzanga
Mobutu,
nous
nous
sommes
fixé des
objectifs
et nous
partageons
plus ou
moins la
même
vision
de ce
que nous
voulons
pour le
pays
d'ici
2011.
Nous
allons
travailler
sur les
mêmes
chantiers...
M.
Gizenga
attache
beaucoup
d'importance
à la
lutte
contre
la
corruption,
et je
vais
totalement
soutenir
le futur
Premier
ministre
dans
cette
voie.
Durant
la
transition,
on a
souvent
reproché
aux
autorités
de ne
pas
juguler
la
corruption.
Aurez-vous
désormais
les
moyens
et la
volonté
de
changer
les
choses ?
Si on a
demandé
un
mandat
de cinq
ans au
peuple
congolais
ce n'est
pas pour
reproduire
ce qu'on
a vécu
pendant
la
transition.
Il faut
remettre
le pays
sur les
rails,
et
pouvoir
sanctionner
les
gens.
Pendant
la
transition,
cela n'a
pas été
facile,
parce
qu'il
s'agissait
d'un
gouvernement
de
compromis,
sinon de
compromission...
J'ai dû
accepter
des
choses
qu'en
d'autres
circonstances,
je
n'aurais
jamais
pu
laisser
passer.
Je
savais
que, si
je
réagissais,
la
transition
allait
voler en
éclats,
sinon le
Congo
lui-même.
Mais
maintenant
que l'on
vient de
tourner
la page,
on va
commencer
à écrire
en
lettres
d'or
l'histoire
du
Congo...
Durant
la
transition,
on vous
a décrit
comme un
chef
silencieux,
qui
acceptait
beaucoup.
Allez-vous
vous
révéler
différent
à
l'avenir
?
Beaucoup
de gens
ne
connaissent
pas le
président
Kabila.
Ils se
trompent
s'ils
pensent
qu'après
les
élections,
ce sera
la même
chose
que
pendant
la
transition.
Ce sera
la
rigueur,
et
surtout
la
discipline,
car sans
la
discipline,
on ne
peut pas
construire
une
nation.
Et le
Palu
partage
cette
conception
de la
gestion
de
l'Etat.
Ensemble,
on va
redresser
le pays,
ce sera
dur pour
ceux qui
ont pris
de
mauvaises
habitudes,
mais
c'est là
le
souhait
de la
population.
Comment
ferez-vous
pour
être le
président
de tous
les
Congolais,
vaincre
le fossé
Est-Ouest
?
Je vais
travailler
comme
président
de tous
les
Congolais,
dans
tout le
pays.
D'ailleurs,
même là
où nos
résultats
étaient
moins
bons,
ils
n'étaient
jamais
inférieurs
à 20 %
sauf
dans
l'Équateur.
Nous
veillerons
à ce que
le futur
gouvernement
soit
représentatif
de
toutes
les
régions.
Il ne
s'agira
pas de
faire
des
gestes,
de
simples
exercices
de
relations
publiques,
mais de
mener
une
vraie
politique
de
développement,
très
concrète.
Les cinq
chantiers
dont
j'ai
parlé
seront
mis en
oeuvre
sur tout
le
territoire
national,
et pas
seulement
dans les
provinces
où l'on
a voté
pour moi
! La
fracture
Est-Ouest,
c'est
une idée
superficielle.
La
réalité,
c'est
que la
population
de l'Est
avait
comme
première
exigence
la paix
et la
sécurité,
la
réunification
du pays.
A
l'Ouest,
dans la
partie
du pays
qui
était
sous
contrôle
du
gouvernement,
les
exigences
étaient
plutôt
de
l'ordre
du
développement
:
routes,
hôpitaux,
... Nous
n'avons
pas pu
leur
répondre,
car le
premier
objectif,
c'était
la
réunification.
Désormais,
le futur
gouvernement
va
s'atteler
aux
vrais
problèmes
qui sont
d'ordre
social.
Aujourd'hui
déjà,
les
Congolais
sont
mélangés,
surtout
à
Kinshasa,
où tout
le monde
se
retrouve.
Comment
allez
vous
gérer la
capitale,
qui vous
semble
hostile
?
Je n'ai
pas ce
sentiment.
Dans la
ville,
il y a
huit
millions
d'habitants,
2.900.000
se sont
enrôlés
et ceux
qui sont
allés
voter
sont à
peine
deux
millions.
Comment
peut-on
dire que
tous les
habitants
de
Kinshasa
me sont
hostiles
? Il est
vrai
qu'il y
a eu des
campagnes
de
haine,
et elles
ont eu
des
effets
négatifs
sur moi.
Mais
surtout,
la
population
a été
intoxiquée,
principalement
dans la
capitale.
J'en
conclus
qu'il
nous
faudra
encore
travailler
davantage...
Beaucoup
d'écrits
ont été
injustes
et
scandaleux,
mais il
faut
comprendre
qu'ils
appartiennent
à la
culture
de la
deuxième
République,
qui
était
celle du
mensonge,
de la
manipulation,
des
antivaleurs...
Mes
interlocuteurs
de
l'Union
européenne
ont
sursauté
quand
j'ai
prononcé
ce mot,
mais je
le
répète :
il faut
qu'il y
ait une
sorte de
révolution
morale
dans ce
pays,
afin que
les gens
se
transforment.
Nous
avons
parlé de
cela
avec M.
Gizenga,
et nous
sommes
sur la
même
longueur
d'onde.
Quel
sera le
statut
de la
future
opposition
?
Nous
aurons
évidemment
une
opposition,
et mon
adversaire
en fera
partie,
mais il
ne sera
pas le
seul.
D'ici
peu, une
loi sera
adoptée
par
l'Assemblée
nationale
qui
définira
le
statut
de
l'opposition
en
général.
L'opposition
va
pouvoir
jouer
son
rôle, en
toute
liberté.
Mais
nous
n'allons
plus
accepter
les
débordements
que nous
avons
connus
avant et
pendant
la
campagne
électorale.
Cette
époque-là
est
révolue.
Nous
allons
recourir
aux
ressources
de la
loi, des
tribunaux.
Nous
avons
les
moyens
de
sévir,
de
remettre
de
l'ordre.
Des
évènements
comme
ceux de
samedi
dernier
ne
peuvent
plus se
reproduire
car,
chaque
fois, il
y a mort
d'hommes.
Ceux qui
ont
provoqué
cela
seront
poursuivis
par la
justice.
A
l'avenir,
s'ils
essayent
de
recommencer,
ce sera
la
dernière
fois car
ils
seront
désarmés
et
jugés.
Je
confirme
qu'il y
a
effectivement
des
projets
de
déstabilisation
de ce
pays, à
commencer
par la
capitale,
mais
nous
avons
les
moyens
de les
déjouer...
Je ne
donnerai
à
personne
l'occasion
de jouer
avec la
vie, la
sécurité
de la
population.
Les lois
seront
appliquées
et notre
Constitution
est
claire :
elle
établit
que la
formation
du futur
gouvernement
appartient
à la
majorité
parlementaire.
Tout est
dit. Le
premier
ministre
présentera
son
programme
devant
l'Assemblée
nationale,
puis il
se
mettra
au
travail.
Cela
n'empêche
pas que
des
personnalités
issues
de
l'opposition
puissent
être
intégrées
dans le
gouvernement,
mais ce
sera au
regard
d'un
critère
de
compétence,
au vu
des
postes à
pourvoir.
Le temps
du «
partage
équitable
et
équilibré
du
pouvoir
», qui
définissait
la
transition,
appartient
à une
époque
révolue.
Le temps
du «
partage
du
gâteau »
c'est
fini.
Plus
jamais
ça...
Attention
: ceux
qui
entreront
dans ce
gouvernement
avec
l'idée
de se
faire
beaucoup
d'argent
risquent
de finir
en
prison.
C'est
clair,
la
justice
se
saisira
de leur
cas...
Pour
redresser
le
Congo,
il
faudra
être
sévère,
et les
Congolais
vont
être
surpris.
Si on me
connaissait
comme un
homme
conciliant,
c'est
que la
transition
m'imposait
un tel
comportement.
Mais
maintenant
que
s'ouvre
le
chantier
de la
reconstruction,
ce n'est
plus
d'une
Mercedes
que l'on
a besoin
dans ce
pays,
mais
d'un
bulldozer.
Au
cours
des
dernières
années,
le Congo
a été
pratiquement
placé
sous
tutelle,
et on
vous a
reproché
d'avoir
eu le
soutien
des
Occidentaux.
Avez-vous
dû
parfois
refréner
vos
sentiments
?
Certainement,
et ce
n'était
pas
toujours
facile.
Le
Comité
d'accompagnement
de la
transition,
composé
d'ambassadeurs
de pays
amis, et
qui
était
une
institution
de la
transition,
va se
terminer
avec
celle-ci.
Nous
allons
insister
dorénavant
sur la
coopération
bilatérale
entre le
Congo et
les
différents
pays. Il
n'est
plus
question
d'avoir
une
structure
au-dessus
de nous
tous. Je
suis
déterminé
à
reprendre
à 100 %
le
contrôle
de la
situation,
et ce
n'est
pas le
CIAT qui
va m'en
empêcher...
A
certains
moments
les
politiciens,
au lieu
d'aller
voir le
président,
préféraient
se
rendre
dans les
ambassades
: le
pouvoir
était
situé
ailleurs.
Nous
allons
désormais
recentrer
les
choses.
Comment
voyez-vous
l'avenir
du Congo
?
Pour
moi, le
Congo
c'est la
Chine de
demain :
d'ici
2011,
l'exemple
pour moi
viendra
des pays
asiatiques,
que l'on
appelle
les «
Dragons
». Le
Congo va
surprendre,
car il
se
redressera
beaucoup
plus
vite que
prévu. A
mes
compatriotes
de la
diaspora,
je dis
de
rentrer
au pays
! Venez
participer
à la
reconstruction,
il y a
de la
place
pour
tout le
monde,
et la
liberté
d'expression,
la
sécurité
de tous
seront
garanties.
Au
lendemain
des
élections,
quels
sont vos
projets
personnels
?
Je vais
avoir
encore
plus de
travail
qu'avant,
car tout
est à
refaire.
Je
compte
aller
m'installer
dans
chaque
province
pendant
un mois
au
moins,
avec
tout le
gouvernement.
Ce sera
l'itinérance,
sur
toute
l'étendue
du
territoire.
Parce
qu'il ne
faut pas
que le
gouvernement
soit
uniquement
celui de
la
capitale,
et il
faut
rapprocher
le
pouvoir
du
peuple,
et
envoyer
un
message
clair
aux
populations
de
l'intérieur
du pays.
Si
j'aime
particulièrement
Kisangani,
c'est
parce
que là
le
swahili
et le
lingala
se
mélangent
sans
conflits...
Lorsque
je serai
à la
retraite,
c'est là
que je
me
retirerai.