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Augustin Kikukama, Secrétaire général du M17 : " Nous sommes scandalisés par l'empressement avec laquelle l'on a précipité l'élection du Bureau définitif de la chambre basse "

Lors de notre dernier voyage à Kinshasa, nous avons rencontré le Sieur Augustin Kikukama BinSamba, Secrétaire général du Mouvement de la Révolution du 17 Mai, « M17 » en sigle, qui nous a livré, sans langue de bois, ses impressions sur le processus électoral en RDC.

Augustin Kikukama - 13.7 koLe processus électoral, malgré quelques ratés, est arrivé presque à terme avec l'investiture du Président élu Joseph Kabila Kanambe, et l'installation progressive des institutions de la IIIè République se poursuit tant bien que mal, quel est aujourd'hui votre jugement sur ce processus que vous avez tant décrié ?

VANT de vous donner mon jugement sur le processus électoral que nous venons de vivre ici en RDC, je tiens d'abord à rappeler qu'avant d'aller aux élections, le M17 et d'autres forces politico-sociales, avaient exigé des concertations politiques pour corriger les imperfections de ce processus et avoir des élections apaisées. Cette demande légitime a été purement et simplement rejetée par la CEI. En outre, nous avions exigé de la CEI, la publication officielle de la liste nominative des électeurs pour connaître leur nombre exact ; deuxième refus… Qui peut aujourd'hui certifier qu'il y a eu effectivement 25 millions d'électeurs ? Je reste sceptique sur ce chiffre. Le processus électoral que l'occident nous a imposé n'a pas été transparent dans son ensemble. Il était entaché de plusieurs irrégularités avérées que la CEI n'a pas voulu corriger. Et pour illustrer mon propos, je vous dirai que les résultats des législatives publiés par la CEI ne sont pas les mêmes que ceux affichés dans les bureaux de compilation.

Avez-vous des preuves de ces irrégularités ?

Effectivement, nous avons des preuves irréfutables qui nous ont amené à déposer devant la Cour Suprême de justice une requête en annulation des résultats des 9 circonscriptions électorales et exiger des sièges de plusieurs députés qui reviennent à notre parti. Car après comptage et contrairement aux résultats publiés par la CEI, notre parti, le M17 a gagné plus de 20 sièges de députés nationaux sur les 4 circonscriptions de Kinshasa et plus de 10 à l'intérieur du pays. Nous attendons sereinement l'arrêt de la Cour suprême de justice… et j'ose croire que nous aurions gain de cause si la Cour fait correctement son travail…

Comment expliquez-vous l'attitude de la CEI et plus spécialement de son président, l'Abbé Malu-Malu à l'égard de votre parti ?

Le M17 a été victime de sa vérité sur le parcours de l'Abbé Malu-Malu. Nous avions déposé régulièrement les candidatures de nos membres. Nous avons été surpris que la CEI puisse interdire à ce que nous puissions déposer nos candidatures au motif que le parti avait un contentieux devant la Cour suprême de justice alors que cette dernière avait déjà réglé ce problème. Ces gens qui refusent les décisions de cette institution, comment pouvait-on croire en leur bonne foi d'organiser des élections transparentes, libres et démocratiques. Lors d'un point de presse tenu à Kinshasa, nous avions présenté un document d'Ordre de mission établi le 19 juin 2003 par la Présidence de la République, sous la signature de Samba Kaputo, alors directeur de cabinet adjoint et secrétaire général du gouvernement. Ce document signale que c'est en qualité d'Expert au Service Présidentiel d'Etudes Stratégiques (SPES) au Cabinet du Président (sic) qu'Apollinaire Malu-Malu devait effectuer à partir du 21 juin 2003 une mission de dix jours. Destination indiquée : Kinshasa-Bruxelles-Paris-Londres-USA-New-York et Washington-Bruxelles-Kinshasa (sic). Moyen de transport : Avion et Train. Frais : A charge du Trésor Public (authentique). L'objet de la mission est ainsi formulé : Campagne de sensibilisation de la Communauté Internationale sur la Requalification du Mandat de la MONUC (sic). Font aussi partie de la délégation : 1. Maître Flavien MISONI MBAYAHE : Chargé de Mission au Service Présidentiel d'Etudes Stratégiques (SPES), 2. Monsieur Jean-Marie BWINE : Chargé de Mission au Service Présidentiel d'Etudes Stratégiques (SPES). L'ordre de mission porte les références n°088 CAB/PR/DCA/SM/2003. Il a été réceptionné par le cabinet du ministre des Finances et Budget le 20 juin 2003.

Lorsqu'il a présenté sa biographie devant notre parlement, Malu-Malu n'avait pas mentionné ce fait. Nous avions compris qu'au moment où Malu-Malu a été nommé président de la CEI, qu'il n'appartenait pas à la Société civile ; qu'il appartenait à la famille politique du chef de l'Etat. Donc, Malu-Malu ne pouvait pas diriger la Commission étant donné qu'il fait allégeance au chef de l'Etat. Mais, malheureusement, dans notre pays, les textes législatifs bne sont pas respectés…

L'Assemblée nationale vient d'élire son Bureau définitif, quelles sont vos impressions sur ce vote ?

Mon parti, le M17, est scandalisé par le spectacle qu'on offre aux Congolais dans le cadre de ce qu'on appelle déjà l'Etat de droit ou la IIIème République. Nous avons là la première irrégularité par rapport aux lois appelées à régir la fameuse troisième République naissante. Nous sommes scandalisés par l'empressement avec laquelle l'on a précipité l'élection du Bureau définitif de la chambre basse du Parlement, alors que plus de 200 requêtes en annulation des élections législatives sont encore pendantes à la Cour suprême de justice. A supposer par exemple qu'il y ait 100 dossiers que la haute Cour déclare fondés et, qu'en conséquence, celle-ci invalide le mandat de certains députés. Le Bureau définitif ne reflétera pas alors la configuration de l'Assemblée nationale.

Comment jugez-vous la coalition AMP-Palu-Udemo ?

C'est une coalition bâtie sur du sable mouvant, sans aucun programme de gouvernement. Seuls les repositionnements des leaders comptent dans cette coalition de circonstance.

Pourquoi le M17 n'est ni dans l'AMP, ni dans l'UN ?

La raison est toute simple. Contrairement à l'AMP qui a été créée sur base de repositionnement politique et qui n'a pas de base idéologique, le M17, mon parti, assure la continuité de la pensée politique de M'zee Laurent-Désiré Kabila . Quant l'UN, qui a vu le jour sur la base d'une contestation : « La Congolité » ; elle a manqué de cohérence dans la stratégie de sa lutte. Elle n'a pas évalué la force de son adversaire. Car, il ne suffit pas de dire que : Tous les Congolais doivent se mettre ensemble pour sauver le Congo ; pour gagner les élections. Au contraire, il fallait lancer le débat sur la mauvaise gouvernance au lieu de distraire les gens avec la Congolité qui avait déjà perdu de sa substance depuis longtemps.

Que pensez-vous de la fracture Est-Ouest ?

Pour le M17, la fracture Est-Ouest est un faux problème amplifié surtout par les médias étrangers. Les gens doivent savoir que si Joseph Kabila était massivement voté à l'Est ; c'est suite aux méfaits des troupes armées de Jean-Pierre Bemba sur les populations de l'Est. Ces atrocités horribles sont restés gravé à jamais dans la mémoire collective de ces populations. Donc, Jean-Pierre Bemba savait très bien qu'il n'était pas en odeur de sainteté à l'Est où Mbusa Nyamuisi s'était désisté au profit de Joseph Kabila, qui était considéré comme le rempart contre le Rwanda et l'Ouganda. Et c'est le discours sur la Congolité véhiculé à l'Ouest qui a fait que Jean-Pierre Bemba y soit massivement voté.

Que pensez-vous des cinq chantiers du président Joseph Kabila ?

Nous estimons que le président de la République proclamé élu doit se surpasser et donner un signal fort. Il doit tenir parole, en réalisant le changement qu'il a promis dans son discours d'investiture du 6 décembre dernier. Pour le M 17, nous pensons que l'action contre les criminels économiques doit avoir un effet rétroactif ; c'est-à-dire en commençant par les membres du tout premier gouvernement du Général-major Joseph Kabila en 2001, dont certains étaient cités dans le rapport du panel des experts de l'ONU. De même, beaucoup de membres du gouvernement de Transition doivent être déférés devant la justice pour répondre de leurs actes qui ont fait passer notre pays pour une plaque tournante de blanchissement d'argent...

Comment envisagez-vous l'avenir au M17 ?

L'avenir de mon parti dépendra de la capacité de ses membres à mobiliser la population pour continuer la lutte.

Propos recueillis Le samedi 20 janvier 2007 à Kinshasa, par le Dr Tumba Tutu-De-Mukose
 

 

                  


 


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