Les Lois fondamentales imposées aux jeunes Etats Africains :
frein aux fondements d’un avenir plus humains
Les années 1957-1960 furent la grande période de la
décolonisation [théoriques] de la plupart des Etats africains.
Les constitutions qui les avaient régis étaient des Lois
fondamentales. Celles-ci furent l’œuvre
unilatérale des seuls parlements des anciennes puissances
colonisatrices et ensuite imposées aux jeunes Ets indépendants.
Comme l’on pouvait s’y attendre, les institutions politiques de
ces jeunes Etats ne fonctionnèrent gère en faveur des
populations de nouveaux Etats.
Avant l'indépendance = Aprés l'Indépendance
En effet, pour les anciennes puissances colonisatrices, après
les indépendances de leurs colonies, devait être égal à avant
leurs indépendances. Qu’est-ce à dire ? Les nouveaux Etats
africains devaient continuer à être les fournisseurs des
manières premières, à vil prix, pour les anciennes métropoles.
Celles-ci continuaient à imposer la ligne de conduite à suivre
aux nouveaux gouvernements africains. Les dirigeants africains
élus démocratiquement qui essayèrent de conduire autrement les
gouvernements en faveur de leurs populations, nous le savons
tous, furent physiquement éliminés au motif falacieux qu’ils
étaient soit communistes,, soit extrémistes, soit
déviationnistes et remplacés par les coups d’Etat opérés par les
hommes de paille des grandes puissances occidentales. L’on
comprend facilement aujourd’hui pourquoi les Etats africains
n’étaient dirigés que par les colonels et généraux, facilement
manipulables et qui, pendant leurs règnes ont non seulement
pillé systématiquement leurs pays et éliminé leurs opposants,
mais n’avaient appliqué aucun programme de nature à reconstruire
et à développer harmonieusement leurs Etats. Il ne pouvait en
être autrement, car, l’on sait qu’à l’époque coloniale, quels
types d’hommes étaient envoyés au service militaire. Les
gouvernements des pays occidentaux, se proclamant haut et fort
être les berceaux et les modèles de la démocratie et de la bonne
gouvernance, ont honteusement soutenu tous les dictateurs
africains, civils et militaires.
Société civile: pavé dans la mare des dictatures néocoloniales
Devant cette triste situation inadmissible au XXème siècle,
quelques intellectuels intègres et conscients de leurs devoirs
de phares pour les populations de leurs pays, se s’organisèrent,
en clandestinité bien entendu, en société civile à partir des
années 1975-1980 pour combattre toutes les anti-valeurs qui
s’institutionnalisaient progressivement, et pour n’œuvrer que
pour le bien-être des populations. Celle-ci (Société Civile) fit
un important travail sans précédent, celui d’avoir élaboré un
projet de société moderne dans lequel se trouvent insérés en
bonne place les fondements des droits humains, la séparation des
pouvoirs et la sauvegarde de l’indépendance, de la souveraineté
des Etats, l’obligation permanente des gouvernants de préserver
les intérêts supérieurs de la Nation. Naturellement, pour
confirmer leur crédibilité les dirigeants et les leaders de
cette société civile durent prêcher ouvertement par l’exemple.
Leur organisation bien structurée en composantes au sein
desquelles se trouvent regroupées toutes les forces vives de la
population. Ainsi, après avoir combattu intelligemment et
courageusement toutes les dictatures, ce mouvement apolitique de
surcroît est-il devenu incontournable dans toutes les assises de
la vie nationale et internationale. C’est elle qui convainc et
ensuite impose aux gouvernants les fondements humains à mettre
en œuvre pour l’avenir meilleur des populations. La société
civile est donc la source, le creuset et le moule qui permettent
aujourd’hui aux Etats Africains de se doter des Constitutions
respectueuses des droits humains. Ces nouvelles Constitutions
rédigées par les élites nationales et, ensuite sanctionnées par
un vote référendaire, remplacent au fur et à mesure les fameuses
Lois fondamentales héritées des anciens maîtres coloniaux.
Bonne gouvernance, pratiques démocratiques, dictatures...
Dans les pays africains en conflits, aucune solution de paix
durable ne pourra être trouvée et restaurée sans la contribution
de la Société civile. Certains Etats qui n’en veulent
malheureusement pas continueront à chercher en vain à trouver la
paix aux bouts des canons ! Les leaders de la société civile qui
vivent dans et avec les populations et les écoutent vraiment,
les organisations membres de celle-ci n’oeuvrant que pour le
bien-être de ces populations abandonnées à elles-mêmes par les
gouvernants, sont les interlocuteurs indispensables pour
résoudre les problèmes humains auxquels sont confrontés tous les
Etats des pays en voie de développement. Les pays dits
développés, c’est-à-dire ceux qui se prétendent être épris de
paix, démocratiques, de bonne gouvernance etc…, ont aujourd’hui
aussi besoin d’une société civile forte et vigilante pour
contrer les gouvernants corrompus à demeurer respectueux des
principes et pratiques démocratiques. Il se remarque
malheureusement ces derniers temps que dans certains pays
développés, un certain déviationnisme dans le chef des
politiciens gagne de plus en plus le terrain et, les populations
totalement distraites par l’abondance matérielle s’en plaignent
timidement, souvent sans succès. En fait, une fois aux affaires
les mandataires ne consultent presque plus leurs bases pour les
décisions ou lois qui les engagent. C’est ce qui explique de
nombreux référendums dans les pays dont les constitutions le
prévoient pour s’opposer effectivement à l’application de telles
décisions ou lois. De leur côté les gouvernants initiateurs de
telles lois et qui tiennent à leur application, pour des raisons
qu’eux seuls connaissent, utilisent illégalement les gros moyens
financiers et matériels de l’Etat pour corrompre une bonne
partie de la population ne maîtrisant pas les tenants et
aboutissants des objectifs voilés des gouvernants. C’est ainsi
que dans les pays développés une certaine dictature s’installe
doucement mais sûrement et le souverain primaire distrait
abondamment par jouissance matérielle permanente, n’a plus de
temps de réfléchir et d’analyser la gravité grandissante de la
situation à moyen et à long termes. C’est pourquoi, il faut le
souligner avec force et le rappeler constamment, aux jours
d’aujourd’hui, les Peuples de tous les pays confondus doivent
disposer des sociétés civiles apolitiques, fortes, vigilantes et
surtout indépendantes. C’est-à-dire un véritable contre-poids du
pouvoir et ennemi juré des anti-valeurs sous toutes ses formes
et d’où qu’elles viennent.
Enfin, pour mener à bien son combat permanent, intelligent et
sans violences, la société civile doit avoir pour socle ses
piliers ou composantes. Celles-ci doivent être opérationnelles
sur le terrain comme une toile d’araignée. Ses membres doivent
être les organisations non-gouvernementales à but non lucratif
légalement constituées. Leurs leaders pluridisciplinaires
doivent être à même de discuter d’égal à égal avec les
gouvernants.
Rappel historique
En République Démocratique du Congo, par exemple, la société
civile joue un rôle déterminant dans la vie nationale. Son fer
de lance est la dynamique société civile de la province du
Sud-Kivu qui fut la toute première à se présenter bien
structurée lors des assises de la Conférence Nationale
Souveraine tenue à Kinshasa du 7 août 1991 au 6 décembre 1992
C’est sur son modèle que furent créées au fur et à mesure les
autres sociétés civiles des provinces de la RDCongo. L’ensemble
de celles-ci a joué un grand rôle dans les négociations
politiques inter-congolaises tenues à Sun City (RSA) de 2001 à
2003. Ces assises historiques appelées aussi le « Dialogue
Inter-Congolais » dota la RDCongo de l’Accord global et inclusif
et de la Constitution de la Transition promulguée par le
Président Joseph Kabila le 4 décembre 2003. Ces deux textes ont
régi la marche de la période de la Transition du 30 juin 2003 au
18 février 2006 (date de la promulgation de la Constitution de
la Troisième République). La fin de cette transition était
marquée par les élections libres, démocratiques et transparentes
de 2006 qui viennent de doter la RDCongo des institutions
politiques incarnées enfin par les dirigeants et les mandataires
issus des urnes.
Sud -Kivu: une organisation de société civile exemplaire
A titre d'information, nous donnons ci-dessous comment la
société civile de la province du Sud-Kivu est structurée, modèle
que les autres provinces du pays ont adapté selon les réalités
locales propres à chaque entité provinciale décentralisée :
-
Groupe d’associations de Développement
-
Groupe d’associations féminines
-
Groupe d’organisations de la Jeunesse
-
Groupe d’associations de promotion et de la défense des
droits humains, Barreaux et les Parajuristes
-
Groupe de Syndicats des Travailleurs, de Corporations
(Médecins, Ingénieurs, Journalistes, Pédagogues et
Psychologues, Economistes, etc…)
-
Groupe d’associations patronales
-
Groupe d’organisations caritatives et humanitaires
-
Groupe de Confessions religieuses reconnues (Catholique,
protestante, islamique, etc..)
-
Groupe d’associations Universitaires et de Recherche
-
Groupe d’associations des Sports et Loisirs
En conclusion, il est indéniable que les lois fondamentales
imposées aux jeunes Etats Africains lors de leurs accessions à
l’indépendance, ne pouvaient pas permettre de poser les
fondements pour l’avenir plus humains en faveur des Peuples des
nouveaux Etats.
Joseph
M. Kyalangilwa
Commission
Consultative UCDP / Sud Kivu