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L’épineux problème de la fragilité de la Sûreté nationale et de la sécurité publique en RDCongo: Porte d’entrée de la déstabilisation

 L’ordre du processus pour le retour à la paix et à la normalité politique en RDCongo devrant commencer  par le désarmement des milices et groupes armés de tout bord, n’avait pas été respecté. La communauté internationale qui faisait office d’autorité morale avait privilégié  le positionnement politicien de quelques chefs de guerre qui, en dépit des progrès réalisés jusqu’à la tenue des élections, conservent encore aujourd’hui des armes et un potentiel humain à leur solde. L’UCDP a toujours fustigé  cet état de fait.

De la Sûreté nationale  et la sécurité publique: Objet dévoyé

 1.Mobutu ou le verrou anticommuniste en Afrique noire
Travesties par le pouvoir de la 2ème république, la Sûreté nationale et la sécurité publique de la RDCongo étaient détournées au gré des intérêts de la guerre froide. En fait;  le système sécuritaire de la RDCongo( Zaïre) était construit autour de  Mobutu qui constituait le verrou stratégique dont la mission essentielle était de barrer la route à l’invasion  communiste en Afrique. Les missions quotidiennes et à long  terme de ce système sécuritaire congolais étaient dévoyées et définies à l’aune des impératifs de la guerre froide.

A la fin de la guerre froide en 1989, les relations internationales étaient bouleversées. Le monde, figé dans un affrontement idéologique Est-Ouest  qui interdisait toute réflexion objective sur les évolutions socio-économiques, souffrait  de phénomènes de compression : compression des nationalismes sur des fonds idéologiques artificielles, compression de l’homme, compression des libertés…..En effet, les analyses économiques avaient mis en exergue les dissymétries, les clivages, les tensions voire les effets de l’implosion qui  a détruit  les équilibres figés depuis la fin de la 2ème guerre mondiale.

 2. Incapacité d’adaptation à la réalité du monde du pouvoir zaïrois
A ce sujet, le pouvoir  de la 2ème république avait étalé son incapacité à inventer des solutions pour l’adaptation à la nouvelle donne internationale et défendre les intérêts stratégiques de notre pays face aux bouleversements structurels internationaux  consécutifs à l’effondrement du système communiste.

Comme le pilotage du système sécuritaire était réalisé par ceux  qui pilotaient la guerre froide du côté occidental, leur désintéressement  subite à l’égard de Mobutu comme verrou contre ’’l’invasion communiste’’  en Afrique après qu’ils eussent atteint leurs objectifs, avait, en fait, décapité le dispositif sécuritaire de la RDCongo qui, dépourvu de sens, avait plongé dans  la dérive répressive.

 Le système sécuritaire s’étant radicalisé dans ses missions quotidiennes et à long terme en se transformant en police politique pour la pérennité au pouvoir de la dictature incarnée par Mobutu, l’objet de la Sûreté et la sécurité nationales était dévoyé pour servir  les intérêts du pouvoir d’un homme au détriment de l’intérêt collectif  en la matière.  

De la Sûreté nationale  et la sécurité publique:  Veille territoriale dévoyée
Tout au long de la guerre froide, la veille stratégique pour la RDCongo(Zaïre) était pilotée  par les services secrets occidentaux. C’est d’ailleurs sur cette grille de lecture qu’il faut inscrire l’assassinat de Patrice Emery Lumumba, l’étouffement de la rébellion muleliste,  les deux guerres du Shaba avec l’intervention des armées du Maroc et de France (Kolwezi) venues à la rescousse pour sauver  le ’’verrou Mobutu’’, le bombardement du maquis de Laurent Désiré Kabila.

Les effets pervers consécutifs à la chute ’’du mur de Berlin’’ n’avaient pas épargné la RDCongo(Zaïre). L’immense vague de fond  venu de l’Est de l’Europe avaient déstabilisé les totalitarismes de l’Est comme de l’Ouest qui avaient imposé, il faut le retenir, leur système de référence qui asservissait l’homme, qui bafouait sa dignité et qui lui privait de sa liberté d’agir et de penser.  

1. La défense du territoire anéanti
En RDCongo, pour survivre à la poussée de la démocratisation par laquelle le congolais espérait conquérir sa vraie place dans une société devant respecter  sa dignité, ses droits, sa liberté, le pouvoir dictatorial  avait détourné tous les outils de la Sûreté nationale et de la sécurité  publique au profit du maintien au pouvoir de Mobutu. La veille territoriale était quasi inexistante et tout se passait comme si les enjeux sécuritaires de la RD Congo (Zaïre) étaient  réduits  à la sécurité de Mobutu. Les forces armées zaïroises  ( FAZ), transformées en outil d’intimidation  et de répression pour la conservation du pouvoir de Mobutu, étaient réduites en loque et étaient sous équipées  tandis que  la garde présidentielle, la DSP (division spéciale présidentielle) était suréquipée. 

Le service de renseignements militaire G2 était détourné de sa mission pour être intégré exclusivement au service  de sécurité de Mobutu , c’est le SARM. Ce dysfonctionnement délibéré avait privé la défense de son outil majeur de veille. Des pratiques politiciennes incroyables avaient amené, en 1993, les soldats à exprimer le  ras-le-bol  d’être asservis, exploités, méprisés, impayés et souvent victimes des discriminations tribales.

2. Terrorisme  d’Etat
Si, pendant la guerre froide, l’orientation des services de sécurité zaïrois était assurée par les services secrets occidentaux; après la fin de la guerre froide, le système sécuritaire de la RDCongo s’était réduit en un petit conglomérat tribal qui servait à traquer et assassiner les opposants à Mobutu :

-         Massacres des étudiants au campus de Lubumbashi

-         Massacres des chrétiens à Kinshasa

-         La déstabilisation délibérée du Katanga en provoquant l’exode    des kasaïens

-         Affaire Bindo

-         Les assassinats politiques

A ce sujet, on avait vu naître des milices terroristes (Hiboux) comme les FIS      ( Forces d’intervention spéciale) et les FAS(Forces d’actions spéciales).

Aux postes frontières, par exemple, pas moins de 9 points de ’’contrôles’’ au départ comme à l’arrivée qui se surpassaient en astuces pour extorquer les voyageurs plutôt que de monter la garde à la frontière.

Aucune restructuration dans le paysage sécuritaire n’était effectuée en vue d’une adaptation pour faire face à la nouvelle réalité du monde.

La veille territoriale était complètement dévoyée si bien que les services de sécurité étaient incapables de prévenir la guerre qui avait chassé Mobutu du  pouvoir.

3. Insuffisances  et limites d’Honoré Ngbanda
A la lumière de tout ce qui précède, la lecture de la période nous démontre les insuffisances et  les limites d’Honoré Ngbanda qui pilotait, effectivement, toutes les exactions sécuritaires. Son incapacité notoire à produire une analyse stratégique objective et crédible avait sonné le glas du régime Mobutu ! En fait, Ngbanda, fort de sa position forte dans les rouages du pouvoir,  avait un tel talent pour mentir et tourner en bourrique Mobutu que notre pays  était plongé dans un obscurantisme  nourri de ses mensonges déjantés. Aujourd’hui à l’étranger, désoeuvré, Ngbanda peaufine des mensonges dans l’espoir d’installer le chaos notamment en jouant sur l’effet d’annonce sur l’état de santé du Président Joseph Kabila voire sa mort pendant qu’il est au Ghana. En réalité, Ngbanda est un malade qui souffre d’une mythomanie aigue, en d’autres termes de la tendance  pathologique à la fabulation et à l’altération de la vérité.   

 De la Sûreté nationale et la sécurité publique : Un espoir anéanti  

 1 .Un espoir saboté
L’arrivée au pouvoir de Laurent Désiré Kabila sonna le glas de la récréation sécuritaire. La création de la police nationale avait suscité un espoir énorme  et mis un terme à l’insécurité urbaine. Un assainissement remarquable fut réalisé aux frontières par la direction générale de migration (DGM). Le service de renseignements ANR entama un bon début de restructuration par la formation  d’agents,  mais malheureusement, on avait tiré sur le responsable qui avait été ainsi  mis hors jeu.  Cet événement était un signe fort qui annonçait  la déstabilisation à  grande échelle. En effet,  on avait assisté au grand retour des anciens agents au service de Mobutu avec leur lot d’antivaleurs développées pendant la deuxième république et qui, en fin de compte, avaient fini par prendre le dessus  sur les nouvelles valeurs. La DEMIAP, hormis la dénomination, est une réplique du  SARM  pour l’essentiel de ses missions quotidiennes, frisant celles de la police politique pour régler des comptes, plutôt que celles du vrai renseignement militaire.

2.Distraction, manque de réalisme et d’anticipation
En dépit de ces aménagements, le mode opératoire des services  n’avaient pas changé et, avec la guerre d’agression, il y avait eu un tel un mélimelo qu’il était difficile de savoir en qui donner confiance. Le système était infiltré à tous les niveaux et le Président Laurent Désiré Kabila fut assassiné. Le conseiller spécial, le nouvel administrateur de l’ANR, l’aide de camp et d’autres étaient impliqués dans cet assassinat faute de suivi et de contrôle de sécurité au sommet du dispositif.
Pendant la transition 1+4, comme au temps de la guerre froide, le pilotage sécuritaire était assuré ailleurs. En tout état de cause, avec la présence des contingents de la MONUC et de la multiplicité des incidents sécuritaires consécutifs à la cohabitation des belligérants, la planification de la Sûreté et de la sécurité publique ne devait être conduite efficacement jusqu’à la tenue des élections que par une autorité morale à savoir l’ONU. Les services congolais n’avaient pas évolué, étaient plongé dans la distraction et la passivité  au regard de certains faits pourtant prévisibles, mais qui avaient souffert du manque de réalisme et d’anticipation.
 

Conclusion : Comprendre pour mieux se défendre

Dans tous les pays développés, la sécurité est la priorité à la quelle, à raison, des moyens colossaux  sont consacrés parce que,  sans une sécurité conçue pour répondre  aux  défis présents et futurs, il ne sera pas possible de faire ni de  l’économie, ni du social, ni de la politique, ni du développement.

Il est donc illusoire de croire que ; dans les conditions que sont celles de la RDCongo, on peut espérer atteindre les objectifs tant que  la politique de sécurité ne sera pas redéfinie et le système sécuritaire requalifié pour répondre aux enjeux et aux assauts présents et futurs.

La Sûreté nationale est et doit rester une affaire de tous les congolais. C’est la raison pour laquelle ; à l’UCDP, nous avons réfléchi et  penché pour une approche systémique concernant la réorganisation  de la Sûreté nationale et la sécurité publique qui prendra en compte toutes les variables endogènes et exogènes relatives à la question.

 Jean Kalama-Ilunga

Coordonnateur Comité Exécutif UCDP

                  


 


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